Le Yi Jing (ou Yi
King) constitue l'un des piliers de la Tradition chinoise.
Fondé
sur les principes de Yin et de Yang, il retrace les changements animant
le monde à travers 64 hexagrammes (formations de six traits,
empilés les uns sur les autres). Il
ne faudrait pas restreindre ce classique chinois à un usage
oraculaire. Véritable "plan" de notre monde, le Yi Jing
fournit
un exposé de la connaissance cosmologique.
Conformément
à la démarche traditionnelle, cette connaissance
est
tirée des principes métaphysiques et contribue
ainsi
à la compréhension de ces derniers. L'usage
divinatoire,
s'il est possible, ne constitue qu'une application très
secondaire, ce que l'on retrouve également s'agissant de
l'Astrologie traditionnelle.
Le Yi Jing emploie le Yin et le Yang
pour exposer
les modes de changement animant le monde et les êtres. Le
Yang,
de nature céleste, est figuré par un trait plein
et le
Yin, de nature terrestre, par un double trait. De la rencontre de ces
deux pôles se produit l'ensemble de la manifestation. Un
hexagramme du Yi Jing symbolise une variété de
changement
par la combinaison de traits Yin et de traits Yang. Le sens de la
figure est symbolisé par les proportions et emplacements
respectifs du Yin et du Yang que l'on y rencontre. Le Yi Jing commente
les divers hexagrammes.
L'occident a connu un certain nombre de
traductions
de ce livre, dont une des plus connues du grand public est celle de
Richard Wilhelm (1873-1930). Cette traduction (publiée en
1924)
présente un inconvénient majeur : celui
d'introduire dans
le classique un
certain nombre d'éléments étrangers
à la
pensée chinoise, brouillant celle-ci au point de la rendre
quasiment inintelligible. Comme le soulignent les auteurs de la
traduction présentée ici, celle de Wilhelm
demeure
pétrie par
les conceptions occidentales moralisantes, telles celle du "bien" et du
"mal". Le premier serait la lumière, le Yang, le masculin,
tandis
que le second serait l'obscur, le Yin, le féminin. Il va
sans
dire
que cette approche sexiste et réductrice est bien loin de
l'esprit traditionnel et entrave toute compréhension au
subtil
jeu du Yin et du Yang. Nous ne retrouvons pas un tel défaut
dans
la traduction délivrée par MM. Javary et Faure.
Après une introduction
très
intéressante à tout point de vue, l'ouvrage,
d'une taille
impressionnante, présente les soixante quatre hexagrammes en
respectant toujours le même protocole :
- Présentation de l'hexagramme avec son nom et sa
composition (division en deux trigrammes).
- Reprise du texte chinois commentant l'hexagramme,
accompagné de sa
traduction.
- Texte général des auteurs sur
l'hexagramme
(très nourri et instructif).
- Etude du ou des idéogrammes chinois
employés pour
qualifier l'hexagramme.
- Etude du texte canonique chinois portant un jugement sur
l'hexagramme.
- Etude des textes commentant les mutations (lorsqu'un trait
yin
mute en un trait yang ou inversement, à une place
donnée
dans l'hexagramme).
Le livre est très
intéressant
s'agissant des explications fondées sur les
idéogrammes
qualifiant les divers hexagrammes. En effet, le recours aux images
apporte un
éclairage puissant sur le sens des figures. L'analogie est
employée d'un bout à l'autre de l'ouvrage, ce qui
rend
grande son utilité pour la compréhension de cette
loi,
perçue via la Tradition
chinoise. Nous recommandons ce livre pour
découvrir et approfondir les modes de pensée
traditionnels. Si son volume très important peut
décourager certains, cet ouvrage comporte
néanmoins
l'avantage d'être étudiable par fractions, le
découpage en 64 rubriques autorisant ceci et les auteurs
n'hésitant pas dans chacun des textes à
établir
des parallèles et comparaisons intéressants avec
les
autres hexagrammes.