Luc Audy
Astrologie Traditionnelle et Symbolique
Editions La Maison de Vie
Comme son titre
l'indique, ce livre a pour ambition de restituer à
l'Astrologie sa portée symbolique, ce qui est sa vocation
première. Il
fourmille d'idées et de questions justes et l'auteur s'y
livre
à une étude comparative d'un
intérêt
certain. Plus qu’un traité complet sur
l’astrologie
traditionnelle, il entend présenter les
moyens d’éviter à ses lecteurs bien des
impasses et
fausses pistes dans l’étude
de cette Science sacrée. M. Audy critique ainsi l'emploi des
recettes et aphorismes dans l'interprétation, ce en quoi
nous le
suivons.
Néanmoins, l'auteur, dans ses développements, en
revient
finalement souvent à de longues listes, qui en sont proches.
Le
lecteur pourra en retrouver un exemple dans le mode
de détermination de la ou des dominantes d'un
thème (voir
pages 127 et 128). De même, les significations des signes
sont
exposées sous la forme d'énumérations,
qui, si
elles sont judicieusement présentées (analogies
sur
différents plans), causent parfois un doute sur leur cohérence. Ainsi,
Jupiter
représenterait l'horizontalité (ce qui peut se
comprendre
en scrutant le graphisme de cette planète), alors
qu'auparavant,
le Sagittaire, signe jupitérien, est
désigné comme
symbolisant "l'expansion vers le supérieur". Que
comprendre ? Si
le symbole est de
nature synthétique, pourquoi
le présenter par découpages sans raccorder
explicitement
les différents éléments unis par un
même signe ?
L'ouvrage
présente de nombreuses notions d'astronomie
et d'histoire, loin d'être inutiles pour le traitement du
sujet.
M. Audy soutient que
l'interprétation astrologique doit se fonder sur des faits
astronomiques avérés, ce qui paraît
pertinent.
Cependant, nous comprenons alors mal qu'il recommande pour
l'érection des révolutions solaires l'examen du
ciel au
lieu de naissance (tracé en prenant le retour du Soleil sur
sa
position natale et en domifiant à partir du lieu de
naissance,
même si le natif ou la native n'y est pas présent
à
l'anniversaire). Certes, si ce ciel existe, quel est
son rapport avec le natif dont le destin annuel fait l'objet des
investigations ? Il y a une réalité astronomique,
mais
quelque peu coupée du sujet étudié.
Toujours
s'agissant de l'astronomie, l'auteur
dénie tout caractère "saisonnier" dans le
Zodiaque, en indiquant que les considérations
météorologiques n'ont rien à faire
dans la
déterminations des attributs des divers signes. M. Audy
poursuit en rejetant
formellement le Zodiaque tropical et en ne retenant qu'exclusivement le
Zodiaque sidéral. Cette assertion, certes
argumentée, ne
nous a pas convaincus. Nous avons traité cette question dans
un
article, auquel le lecteur pourra se référer pour
des
développements, aux fins de comparaison avec ce qu'expose M.
Audy (voir : Zodiaque
tropical et Zodiaque
sidéral).
L'ouvrage comporte également de longs passages discutant les
différents systèmes de domification. Le choix de
l'auteur
se porte sur la domification porphyrienne : on trace la croix des
angles comme dans la méthode Placidus, mais les secteurs
intermédiaires sont de tailles égales dans un
même
quadrant. C'est
également le système que nous retenons, sans pour
autant
jeter l'opprobre sur les autres. M. Audy rapporte que ce mode de
domification était enseigné par
l'école
d'Alexandrie, dépositaire pendant plusieurs
siècles des
connaissances de l'Egypte antique (voir page 68). Il en
suggère toutefois un emploi assez particulier, en se
prononçant
exclusivement
sur la lecture des
maisons en sens converse. Ceci signifie que
la
maison
XII que l’on considère
ordinairement (maison juste au-dessus du point de lever du Soleil) est
en fait la I, la XI la II, la X la III, la IX la IV, etc.

Maisons dans le sens régulier
|

Maisons dans le
sens converse
|
LES DEUX SENS DE LECTURE DES MAISONS ASTROLOGIQUES
L'auteur
justifie le sens converse de la manière suivante.
Les planètes en sens direct
traversent les signes du
Zodiaque dans le sens inverse des aiguilles d’une montre,
tandis
qu'elles
parcourent les maisons dans le sens régulier des aiguilles
d’une
montre. M.
Audy tire de ceci la conclusion suivante : il faut
numéroter les maisons
dans le sens de leur parcours par le Soleil. Nous doutons de la
pertinence de ce raisonnement. L'un des principes fondamentaux de
l'Astrologie traditionnelle est l'emploi de la Triade Terre-Homme-Ciel (1). Analogiquement, les maisons ont une nature
terrestre, les
planètes une nature "humaine" (intermédiaire
entre Terre
et Ciel) et les signes une nature céleste. Le mouvement des
planètes est ainsi la résultante des interactions
du Ciel
et de la Terre. Le Ciel est yang, la Terre est yin. Les deux ont des
mouvements contraires comme l'illustre le symbole traditionnel de la
double spirale :
LA DOUBLE SPIRALE
Voir
: René
Guénon, La Grande Triade,
editions
Gallimard, coll. NRF,
page 46.
La double spirale,
comme le souligne René Guénon,
représente une
force unique agissant dans un double sens, et présente une
parenté avec la figure du Yin-Yang. Il est
intéressant de
constater que les deux spirales s'enroulent statiquement dans le
même sens et que, dynamiquement, leur parcours s'effectue en
inversant le mouvement : à gauche mouvement centrifuge,
à
droite mouvement centripète. Appliquons ces
données
à la question des maisons astrologiques.
Statiquement,
donc sans tenir compte pour l'instant du mouvement des
planètes
(résultante symbolique de l'activité du Ciel sur
la Terre, réactive), les maisons et les
signes se suivent dans le même ordre : au Bélier
correspond la I, au Taureau la II, etc. Il n'y a pas de sens converse,
comme ne change pas la direction de l'enroulement des deux spirales.
Dynamiquement,
le parcours des astres s'effectue dans un sens s'agissant des maisons
(terrestres) et dans l'autre s'agissant des signes
(célestes).
Pour que cette dynamique soit possible, il faut que les maisons et les
signes se suivent dans l'ordre dit classique, donc pas dans le sens
converse. Ce dernier suppose en effet que les planètes
parcourent Ciel et Terre dans un ordre semblable, ce qui est contraire
au mouvement principiel inverse animant respectivement l'un et l'autre.
Deux autres points
de
l'ouvrage de M. Audy nous ont paru très criticables.
En premier lieu,
nous ne pouvons que déplorer les
références à Jung et à
Freud, dont le caractère anti-traditionnel est nettement
accusé. Jung est notamment invoqué pour son
apport de la
"synchronicité acausale", permettant soi-disant de
comprendre le
fonctionnement de l'Astrologie traditionnelle. A lire M. Audy, on se
rend cependant compte qu'il ne fait pas vraiment appel à la
synchronicité décrite par Jung. En effet, cette
dernière théorie se fonde sur les notions
d'inconscient
et de psychisme pour expliquer la simultanéité ou
la
proximité d'événements et
d'états
reliés par un sens commun. En fait, il s'agit
d'événements reliés par un principe commun,
dépassant
ces phénomènes et leur fournissant
une cause commune. Les développements de M. Audy vont dans
ce
dernier sens et on peut déplorer qu'il ait recouru
à une
référence pouvant entraîner certaines
confusions.
En second lieu, il est dommage de rejeter - avec raison -
toute référence aux statistiques, comme
notoirement insuffisantes qualitativement, pour ensuite s’en
servir de
justification et de moyen de preuve pour certaines théories
avancées (la domification converse, par exemple, avec
citation
des
travaux de Michel Gauquelin). Rappelons que les
statistiques sont dépourvues du moindre
intérêt
pour l'abord des Sciences sacrées. Elles opèrent
un
nivellement par le bas, ne fournissant que des indications
très
grossières et étant par là
à même de
"prouver" et d'illustrer des théories les plus contraires
les
unes aux autres
(2).
Reproche plus
mineur, il apparaît regrettable que le texte soit
émaillé de
citations intéressantes, mais
délivrées sans
référence. Il ne s'agit pas de verser dans les
tendances universitaires modernes, mais une
référence est
utile pour aller consulter la source elle-même aux fins de
complément d'informations.
Ceci dit, cet
ouvrage fournit une documentation importante, aborde de nombreuses
questions et apporte des éclairages souvent
intéressants.
Il comporte une seconde partie où figurent des exemples
d'interprétation de thème, hélas trop
souvent
employés plus pour soutenir la domification et le Zodiaque
retenus par M. Audy que pour montrer un cheminement
d'interprétation complet (il est vrai que cette
tâche est
particulièrement ardue !). Ainsi, l'étude en
Zodiaque
tropical du thème de Clémenceau
(3) se
concentre sur un seul point du thème, d'ailleurs non
crucial,
celui de la Lune en Poissons, interprété
d'ailleurs
hâtivement. Dans le même sens, le thème
anonyme page
234 où l'on recherche le type d'épouse
souhaité,
où
l'astrologue "tropical" se trompe,
n'est pas plus pertinent pour établir
l'éventuelle
inanité du Zodiaque tropical, dans la mesure où
l'interprétation reposait
sur l'idée que la Lune symbolise l'épouse, ce qui
n'est
pas toujours exact.
Pour conclure sur un ouvrage qui
mériterait
encore de nombreux commentaires, soulignons que nous avons
particulièrement apprécié les conseils
de l'auteur
pour mener une consultation, conseils empreints d'une certaine sagesse.
...........
(3)
Sur le livre, il
y a erreur sur la date de naissance, mais le thème est
correctement
érigé. Il s'agit sans doute d'une faute de
frappe.
Retour au texte.