La carte du ciel de Christopher Reeve (1952-2004),
acteur américain interprète de "Superman", fournit
l'occasion d'examiner le "mythe" moderne du "super-héros",
caricature sinistre des mythes traditionnels. Ces derniers ne sont pas
les "fables", les "récits imaginaires" ou "fantasmagoriques" que
se plaisent à relater les modernes. Traditionnellement, le
mythe décrit une Réalité supérieure, un
modèle
principiel auquel répond telle ou telle occurrence dans notre
monde, tout comme le symbole dont il forme une
variété. Ceci se comprend dans un double sens, descendant
et ascendant.
D'une part, notre réalité relative est formée
selon ce modèle supérieur, dont elle dérive et
tire toute son existence. De l'autre, cette réalité
relative sert de support pour illustrer et permettre de retrouver et
d'assentir au principe
véhiculé par le mythe. Seul le contact effectif avec la
Réalité transcendantale ancre l'individu au
pôle immuable lui permettant de ne pas divaguer, au sens propre
du terme : à défaut de point fixe auquel se
référer constamment, l'on ne peut que s'égarer
dans le changement incessant, pris alors pour lui-même.
La rupture de l'homme moderne avec l'Origine de
toute chose, son ignorance et son refus de sa Racine (ignorance et
refus qui sont
d'ailleurs tout illusoires) consomment sa chute et son
déséquilibre croissant, faisant de lui un
désaxé. C'est ainsi que psychologues, anthropologues,
ethnologues modernes, projetant les conditions actuelles de
l'être humain sur celles des anciens, considèrent le mythe
comme une
réponse des sociétés "primitives" à des
déséquilibres sociaux, à des tensions entre
groupes ou encore à une sorte d'angoisse de l'individu, ces
divers états se trouvant liés. M. Gilles Andrès
relève très pertinemment contre cette explication
simpliste et fausse que le mythe est préexistant : "le mythe
étant un moyen de transmission (dans les
limites des possibilités) d'une réalité
transcendante, de l'ordre des
principes, sa réalité est également d'un ordre
transcendantal et se
situe dans un éternel présent"
(1). Il ne s'agit nullement
de fabrications du mental humain. L'homme moderne, ne comprenant plus
la signification profonde du mythe, s'en invente une série,
destinée cette fois à combler le vide que laisse son
absence d'intellectualité. Nous constatons ici une des
manifestations du renversement de l'ordre naturel des choses
qu'opère l'homme moderne. Comme le note M. Gilles Andrès,
" [...] dans les sociétés modernes et les restes plus ou
moins dégénérés de sociétés
dites primitives, l'angoisse et les déséquilibres sociaux
traduisent le mauvais fonctionnement ou plutôt le
non-fonctionnement de certains rouages psychologiques ou subtils de
l'individu ou des individus qui, ne pouvant trouver en eux-mêmes
leur raison d'être, se mettent à tourner à vide et
à enfanter alors toutes les fantasmagories possibles"
(2). Les
mythes produits par l'imagination humaine ne sont que fantasme,
dérives : "[les phantasmes] ne sont que des projections
affectives, mentales ou sentimentales, totalement dépourvues
d'universalité puisqu'essentiellement individuelles ou
liées à une époque donnée, donc
contingentes et extérieures à l'être"
(3). Que
l'homme moderne a beau jeu de se gausser des mythes au sens
véritable du terme, lui qui s'en invente parmi les plus
ridicules, en y dépensant d'ailleurs des flots colossaux
d'argent et d'activité pour véhiculer son entreprise de
suggestion. Le pseudo mythe de "Superman" relève de cette
catégorie, qui ne fait qu'ajouter le désordre au
désordre. La carte du ciel de celui ayant servi de
véhicule à ce fantasme est intéressante à
scruter selon ce point de vue. L'on y voit la figure du "justicier"
intervenant pour "rétablir l'ordre" en opposant
irréductiblement le "bien" et le "mal", dont on sait que ces
derniers ne forment que des applications très basses de la
dualité universelle entre Essence (analogue du yang) et
Substance (analogue du yin), pour reprendre la terminologie
aristotélicienne. Dualiste, ce "héros" est pris dans la
circonférence des choses, n'en perçoit qu'une partie,
rejette l'autre et erre ainsi indéfiniment. L'influence
psychique exercée par le moyen d'un tel mythe a pour
finalité la perte de ceux qui s'y soumettent.
Techniquement, l'étude de ce thème
permet de scruter les valeurs d'une conjonction Mars/Lune en position
de force, ainsi que les significations des Gémeaux et de la
Balance comme moteurs d'un thème. Celles des premiers se
rapportent à la dualité et au cycle, celles des secondes
à la notion de rééquilibrage, de
correctif. Cette carte du ciel et les traits et faits de cette
existence illustrent ainsi le mode de fonctionnement de ces
différentes valeurs, ceci formant le support de leur
approfondissement.
Carte du ciel de C. Reeve
20 pages.
(1) Gilles Andrès,
Principes de la médecine selon la tradition, Editions Dervy, page 42.
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(2) Ibid., page 44.
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(3) Ibid.
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