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Les crises vues par l'Astrologie
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Nul ne contestera que le monde traverse actuellement
une crise de grande ampleur. Le petit et le grand se correspondant
analogiquement, les êtres humains se
retrouvent de plus en plus
fréquemment dans des situations de destructions et de ravages.
En Astrologie, les crises, les phases critiques appartiennent au
symbolisme du Scorpion, et de sa planète régente, Mars.
Dans son livre, La crise du monde
moderne, René Guénon
revient sur l’origine étymologique du terme « crise
», laquelle apporte un éclairage intéressant sur le
symbolisme à l’œuvre :
« [L’étymologie du mot « crise »] le fait
partiellement synonyme de « jugement » et de «
discrimination ». La phase qui peut être dite
véritablement « critique », dans n’importe quel
ordre de choses, c’est celle qui aboutit immédiatement à
une solution favorable ou défavorable, celle où une
décision intervient dans un sens ou dans l’autre ; c’est alors,
par conséquent, qu’il est possible de porter un jugement sur les
résultats acquis, de peser le « pour » et le «
contre », en opérant une sorte de classement parmi ces
résultats, les uns positifs, les autres négatifs, et de
voir ainsi de quel côté la balance penche
définitivement » (1).
A examiner ces différents
éléments, on peut se rendre compte qu’ils appartiennent
tous à des signes zodiacaux proches les uns des autres et
entretenant des relations de nature à expliquer les crises :
Ces deux signes se suivent dans la branche solaire
(Lion) du Zodiaque (3) et
aboutissent… au signe du Scorpion (voir
figure ci-dessous). Ce signe désigne plus proprement la phase
critique du processus, phase résultant normalement de
l’existence d’une discrimination (Vierge) et d’un jugement (Balance).
Rappelons que les signes d’une branche se suivent dans un rapport
d’engendrement, partant du haut pour se conclure en bas. Si nous
poursuivons le long de la branche zodiacale concernée, nous
parvenons au signe du Sagittaire. Celui-ci symbolise le
développement selon un sens donné (un axe doté
d’une flèche (4)). Nous
retrouvons ici le prolongement de la
crise. Les suites de la crise, nous indique le Zodiaque, sont de faire
prendre une orientation donnée. Nous retrouvons ceci dans la
dernière partie de la définition délivrée
par René Guénon : la balance penche définitivement
d’un côté qui sera emprunté. Enfin, la branche
solaire du Zodiaque est close par le signe du Capricorne, fixation
définitive et passage à un autre état (le
symbolisme de la spirale ascensionnelle visible dans le graphisme du
signe).

LE ZODIAQUE ET SES
DEUX AXES DE SYMETRIE
Pour comprendre ces divers enchaînements, il
faut se reporter à l’organisation intérieure du Zodiaque.
Les deux axes de symétrie dessinés sur la figure
ci-dessus correspondent analogiquement à un axe d’horizon et un
axe polaire. Notre sujet nous ayant porté vers la partie gauche
de la figure (5), c’est l’axe
horizontal qui va nous permettre
d’étudier les relations entre les divers signes zodiacaux
évoqués.
Cet axe, à l’instar de l’horizon terrestre,
sépare la Terre et le Ciel. La Terre reflète le Ciel et
se comporte comme un support pour que les influences célestes se
manifestent. La partie basse, comprenant les signes du Scorpion, du
Sagittaire et du Capricorne, montre dès lors la «
concrétisation », la réalisation formelle des
valeurs des signes situés dans la partie haute (Lion, Vierge et
Balance). L’horizon se comportant comme un axe de symétrie, les
rapports que nous venons de décrire concernent des signes pris
deux à deux :
La correspondance entre partie haute et partie basse
suggère ceci :
Toute crise vise à remettre en cause et à éliminer
certains comportements, certaines relations, certaines choses et
êtres périmés, c’est-à-dire dont
l’état n’est plus en adéquation avec les conditions
à venir. Pour faire comprendre ceci, nous pouvons nous reporter
à la saison du Scorpion : le mois de novembre. Durant cette
période de l’année, la nature se dépouille, la
lumière décline, la fatigue se fait sentir. Il s’agit
d’abandonner, d’anéantir ce qui est en place afin de
préparer la venue au printemps de nouveaux êtres,
états, conditions, etc. Les choses ont fait leur temps. L’usure
gagne.
A ce sujet, il est possible d’établir un
parallèle avec
un des hexagrammes du Yi Jing : Po (ou Bo). Ce 23è hexagramme se
présente de la sorte (6) :
Dans la Tradition chinoise, cet hexagramme est
justement associé
à la période précédant le solstice d’hiver,
période proche de celle du Scorpion. MM. Javary et Faure
soulignent que « c’est un temps où se prépare la
concentration hivernale des forces de renouveau » (7). Le
solstice d’hiver (correspondant au signe du Capricorne, au plus bas de
la branche solaire du Zodiaque) est le point le plus bas de
l’année, le point de la fin de cycle. Atteindre le point le plus
bas appelle la remontée. Terminer un cycle amorce le suivant. Le
solstice d’hiver présente ainsi un double visage : fin d’un
cycle, commencement d’un autre. La fonction du Scorpion est de mener
à ce point de l’année. Dans la figure de Po, le trait le
plus haut est le seul trait yang (lumineux) de la figure, assailli par
la poussée des traits yin (obscurs) et sur le point de
disparaître. Le sixième trait d’un hexagramme (le trait le
plus haut) correspond à un niveau de « sortie ». MM.
Javary et Faure insistent avec raison sur le fait qu’il s’agit d’une
période d’élagage. Analogiquement, ces notations valent
pour les crises. Pour dures qu’elles soient, elles ont pour motif
d’éliminer le périmé, afin de préparer le
renouveau. Quiconque est sorti d’une crise peut se rendre compte
à quel point elle a été nécessaire et
profitable. Si l’on veut prendre une analogie corporelle, la maladie
est un signal d’alarme invitant à reconsidérer son mode
de fonctionnement, ses habitudes.
Nous le voyons, les crises visent à faire
rentrer les choses
dans l’ordre. Un autre analogue de cette fonction se retrouve dans la
guerre, relevant également et naturellement du signe du
Scorpion. L’observation du phénomène guerrier permet de
cerner par analogie les traits essentiels des crises.
Comme l’indique René Guénon, la guerre
est
elle-même un désordre, « mais c’est un
désordre qui est destiné à compenser un autre
désordre » (8). Cette
loi de compensation, nous l’avons
déjà rencontrée s’agissant de l’enchaînement
des signes zodiacaux. Le signe de la Balance, symbolisant l’action
destinée à compenser, à rétablir un
équilibre, se situe immédiatement avant le Scorpion et en
symétrie avec lui. Cette position signale le rôle de
principe de la Balance relativement au Scorpion (un principe est une
origine). Le second constitue en quelque sorte le « bras »
et la réalisation dans la manifestation des valeurs de la
première. Nous retrouvons ce symbolisme concentré par
exemple dans la lame VIII du Tarot, la Justice, où une figure
tient un glaive (Scorpion) et une balance (Balance).
Dans le phénomène guerrier, nous
voyons qu’il y a
épuisement de forces (les morts, les blessés, les
ressources englouties dans la guerre) au profit d’une conquête.
Ce symbolisme propre au Scorpion nous révèle que toute
situation de crise comporte en elle des pertes, un amoindrissement,
analogues du processus présidant à l’automne (9). Cette
purge est nécessaire pour que le renouveau puisse se produire.
Notons à cet égard que Mars, planète
maîtrisant le Scorpion, étend également son empire
sur le signe du Bélier, le signe du jaillissement printanier. Ce
double visage de Mars lie étroitement destruction et nouvelle
naissance et invite à ne pas considérer l’une sans
l’autre.

Un autre point important du symbolisme guerrier,
utile à
considérer pour juger des crises, est indiqué par
René Guénon : « la guerre […] représente […]
le processus cosmique de réintégration du
manifesté dans l’unité principielle » (10). Ceci se
comprend dans la mesure où, d’une part, il s’agit de
rétablir l’équilibre et une harmonie qui correspondent au
centre (11) et où, d’autre
part, la mort, les pertes dans la
manifestation correspondent à la réintégration de
certaines possibilités dans le centre, l’unité (12). Ces
deux points de vue sont étroitement liés. En observant
les signes impliqués dans la crise, nous constatons d’ailleurs
qu’ils appartiennent tous à la branche solaire (Lion) du
Zodiaque, le Soleil figurant le centre.
Ce symbolisme nous conduit tout droit au signe
suivant le Scorpion dans
la branche solaire du Zodiaque : le Sagittaire. La graphie de ce signe
évoque le déplacement selon un axe et dans un sens
donné (13). Cette
variété de déplacement,
donc de changement (14),
évoque le passage à travers un
point donné. En correspondance avec l’unité, le centre,
le Sagittaire évoque le développement d’un ordre de
possibilités donné. Les crises tendent à ne
laisser qu’une seule issue, qu’une seule voie restante. De part et
d’autre du Sagittaire se trouvent deux champs vastes qui sont exclus de
son parcours, en même temps qu’ils le définissent par la
négative. Positivement, la configuration de Jupiter,
maître du Sagittaire, dans le thème
considéré indique l’orientation prise après la
crise. Retenons que la crise amène un changement d’orientation
et que, selon la force et l’ampleur de la crise, le changement est plus
ou moins radical. Ce symbolisme du passage par une porte se retrouve
dans toutes les Traditions. A ce sujet, nous pouvons renvoyer le
lecteur à l’article de René Guénon intitulé
Le « trou de l’aiguille » (15),
ainsi qu’aux travaux
menés par cet auteur sur le symbolisme du passage dans le
recueil Symboles de la Science sacrée (éditions
Gallimard). L’appréciation mantique du Yi King « passer le
grand fleuve » ou « traverser les grandes eaux »
semble également en rapport avec ce symbolisme. Lorsque cette
sentence se retrouve dans le commentaire d’un hexagramme, elle signale
une sortie hors des conditions ordinaires et un dépouillement
pour parvenir à une nouvelle rive.
En conclusion, nous voyons que les crises ne se
limitent pas à
une souffrance, à une difficulté vaines. Elles
constituent un moyen de rééquilibrer et d’apurer ce qui
est en trop plein (16) et de mener
dans une direction donnée. De
plus, par le lien institué symboliquement par Mars entre
Scorpion et Bélier, elles préparent le printemps. Pour
donner un exemple contemporain d’application de ce symbolisme, un des
signes annonçant l’état de crise du monde moderne est
l’avènement de la société de consommation,
placée sous le signe du Scorpion. On y épuise en effet
ses forces pour acquérir. On y détruit et saccage la
nature pour la satisfaction égoïste et
éphémère de besoins artificiels. Nul besoin
d’avoir de très grandes connaissances, ni une très grande
imagination, pour voir où tout ceci mène. Les grandes
guerres pour maintenir ce système (ainsi, les guerres pour le
pétrole, pour les matières premières ou même
simplement les guerres économiques résultant d’un
système fondé sur la compétition, qui ruinent pays
et personnes (17)…) signalent
encore une fois la cohérence de
l’analogie et la forte présence d’un symbolisme Scorpion. D’un
point de vue supérieur, il s’agit d’épuiser certaines
possibilités d’ordre inférieur, avant la venue d’une
nouvelle aurore.
(1) René Guénon, La
crise du monde moderne,
éditions Folio, page 14. Retourner au texte.
(2) Ceci peut se retrouver dans les trois gunas de la Tradition hindoue
par exemple : tamas, rajas et sattwa. Voir : René
Guénon,
Le Symbolisme de la Croix, Guy
Trédaniel Editeur, chapitre V,
pages 49 et suivantes. Pour plus de détails sur le symbolisme de
la Vierge, voir : G. Audebrand et I. Ravier, Le sens du graphisme des
signes zodiacaux, pages 9 et 10. Retourner au
texte.
(3) Voir : G. Audebrand et I. Ravier, Les
deux branches du Zodiaque
(première partie). Retourner au texte.
(4) Pour plus de détails, voir : G. Audebrand et
I. Ravier, Le
sens du graphisme des signes zodiacaux, pages 12 et 13. Retourner au texte.
(5) Nous verrons pourquoi plus loin. Voir les notations
sur la
réintégration dans l’unité page 4. Retourner
au texte.
(6) Le Yi King, le Livre des Changements de la
Tradition chinoise,
comporte 64 hexagrammes, c’est-à-dire des empilements de six
traits. Il existe deux grands types de traits : les traits yang (traits
continus) et les traits yin (traits coupés en leur milieu). Les
premiers se rattachent au lumineux, à l’actif, à
l’intérieur animé d’un mouvement expansif. Les seconds
correspondent à l’obscur, au passif, à l’extérieur
accueillant en lui les attributs du yang pour les manifester. Nous
retrouvons ici le symbolisme Terre-Ciel, de nature véritablement
universelle, exposé à propos de l’organisation
intérieure du Zodiaque. Chaque place d’un hexagramme a un
caractère donné et l’ensemble de la figure expose des
relations entre les traits yin et yang, conférant un sens global
au symbole. Retourner au texte.
(7) Cyrille J. D. Javary et Pierre Faure, Yi Jing, Le Livre des
Changements, éditions Albin Michel, page 387. Retourner au texte.
(8) René Guénon, Le Symbolisme de la Croix, Guy
Trédaniel Editeur, Chapitre VIII, La guerre et la paix, page 79. Retourner au texte.
(9) Techniquement, les pertes sont
représentées par
l’encadrant antérieur de Mars ou de la VIII dans un
thème. Si cet astre est la Lune, par exemple, nous pouvons voir
dans la crise la perte d’une naïveté, d’une
réceptivité, de la conformation à un
modèle, etc. Voir : G. Audebrand et I. Ravier, Les
encadrements astrologiques.
Retourner au
texte.
(10) René Guénon, Le Symbolisme de la Croix, Guy
Trédaniel Editeur, page 79. Retourner au texte.
(11) Le centre est le point où se
résolvent les
oppositions. Voir : René Guénon, Le Symbolisme de la
Croix, Guy Trédaniel Editeur, Chapitre VII, page 63. Retourner au texte.
(12) La naissance dans la manifestation est mort au
Principe. La mort
dans la manifestation est naissance au Principe. Retourner
au texte.
(13) Notons à cet égard que la
flèche terminant le
Scorpion préfigure celle que l’on retrouve dans le
hiéroglyphe du Sagittaire. Retourner au texte.
(14) Un déplacement est une
variété de changement
: un changement dans l’espace. Il peut donc servir analogiquement
à désigner le changement en général. Retourner au texte.
(15) In Symboles de
la Science sacrée, Editions Gallimard, coll.
NRF, chapitre LV. Retourner au texte.
(16) Les épidémies, les catastrophes
naturelles, par exemples, réduisent les
excès de population… Il y a ici à l’œuvre un
phénomène régulateur, certes douloureux, mais
inévitable. Retourner au texte.
(17) Il est curieux de voir l’insistance à
mettre la concurrence
comme principe de la vie économique, comme s’il ne pouvait en
exister nul autre. Or, ceci revient à placer un analogue
de la guerre civile (lutte entre citoyens d’un même Etat) comme
fondement de l’économie, si essentielle pour les modernes. Nous
retrouvons ici un symbolisme Scorpion. La loi d’analogie peut aider le
lecteur à développer cette idée. Retourner
au texte.