Les dangers de la divination


Lune

G. Audebrand et I. Ravier


Soleil et Lune       

    L’opinion commune veut que l’astrologie serve de moyen de prédiction (1). Cet usage divinatoire de l’astrologie n’est pas accrédité par les traditions. En témoigne, s’agissant de l’astrologie occidentale, rattachée en dernier lieu à la tradition chrétienne (2), le Deutéronome (18.10 et 18.11) : « Qu'on ne trouve chez toi personne qui fasse passer son fils ou sa fille par le feu, personne qui exerce le métier de devin, d'astrologue, d'augure, de magicien, d'enchanteur, personne qui consulte ceux qui évoquent les esprits ou disent la bonne aventure, personne qui interroge les morts ». On ne saurait être plus clair. Les pratiques telles que le spiritisme (3), la magie et la divination sont formellement proscrites. Il peut être intéressant de voir certains des motifs présidant à un tel rejet, motifs fondés sur les dangers que présente la prédiction pour ceux qui y recourent. Les considérations qui vont suivre paraîtront sans doute très dures à certains. Nous tenons à signaler que nous ne jugeons pas tel ou tel individu. Cependant, vu les dangers présentés par la pratique divinatoire, nous estimons nécessaire de formuler les mises en garde qui vont suivre.

    Afin de comprendre les développements subséquents, il convient de cerner la nature de l’activité prédictive. Celle-ci consiste à formuler l’événement de la manière la plus fixée possible, souvent avec des dates plus ou moins précises. Dans cette définition apparaît le caractère quantitatif (yin, terrestre) de la pratique divinatoire (4). Cette dernière repose sur l’accumulation de faits, de phénomènes à venir, tous individualisés, fixés, enfermés. Le placement naturel de la divination se réalise par conséquent dans la partie obscure de la dualité essentielle, dualité entre ce que les extrême-orientaux nomment yin et yang :

Yang et yin, essence et substance

    Le yin représente la tendance descendante ou plutôt celle attirant vers le bas, le yang la tendance ascendante, ou plutôt celle arrimant au pôle supérieur, lequel influence le bas. La notion de qualité dérive du yang et son corrélatif, la quantité, du yin (5). Yin et yang étant susceptibles d’interrelations en multiplicité indéfinie, il peut être utile de préciser la combinaison décrivant le plus directement possible la divination. Pour ce faire, recourons au symbolisme astrologique lui-même. La prédiction relève essentiellement du signe zodiacal du Capricorne. Ce signe correspond au yang presque éteint, « étouffé » par le yin :

Localisation du signe du Capricorne dans le Zodiaque

    Le signe du Capricorne correspond à l’enfermement, à ce qui est le plus individualisé, fixé, arrêté. Remarquons en ce sens que l’activité prédictive s’adresse à des individus, qu’elle entend tracer les lignes de son destin factuel et qu’elle s’en tient à des événements extérieurs (vous aller rencontrer un tel ou un tel, épouser telle ou telle personne, trouver tel ou tel travail, etc.). Le Capricorne a pour analogues l’écorce, la peau, la muraille. Il s’agit d’enveloppes, d’où son rapport avec tout ce qui est en superficie. L’essentiel y est au cœur mais est voilé par l’enceinte (6). Ceci s’étend analogiquement à la divination. Dans la Chine ancienne, la divination était pratiquée sur des écailles de tortue, Signe zodiacal du Capricornepoinçonnées au feu, ceci provoquant des craquelures sur l’autre face. Ces dernières étaient interprétées pour délivrer un oracle (scapulomancie). Les écailles, protectrices, relèvent du Capricorne, tout comme la démarche cognitive de la Tortue, fondée sur l’amassement (7). L’ensemble se tient.

    A partir de la signification du Capricorne, il est possible de décrire les grandes lignes de l’« art divinatoire ». Le Capricorne étant le signe le plus rigide du Zodiaque, celui se rattachant aux formes les plus arrêtées, fixées, tout comme, à la vieillesse, la vie ne change plus guère avant la mort, la prédiction tombe tel un arrêt du destin sur celui qui entend « consulter les astres ». L’attention de ce dernier est comme happée par son destin individuel, ceci lui faisant perdre de vue tant son inclusion dans le monde que le caractère vivant et changeant des situations. Il est retranché derrière une muraille, toute muraille ne protégeant qu’un temps (8).

    Certains rétorquerons, reprenant à leur compte l’adage – faux – « les astres inclinent mais ne déterminent pas » (9), qu’il s’agit de guider, d’orienter, de suggérer des pistes et d’éviter les erreurs ou de réduire le « mal ». Il ne s’agirait par conséquent pas d’un arrêt du destin. En sorte que les points précédemment évoqués tomberaient d’eux-mêmes. Cependant, outre le fait qu’il s’agit principalement chez certains d’une précaution destinée à protéger le consulté des conséquences de sa faillibilité, en termes de crédit et de préservation de sa clientèle (encore des données Capricorne), ces arguments négligent complètement l’état d’esprit du « récipiendaire » de la prédiction (10). En effet, quelle que soit la forme prise par la consultation se trouvent toujours présents la suggestion et l’autosuggestion.

    Les prédictions sont en effet le plus souvent réclamées par des personnes en état de faiblesse liée à une situation de crise, à des craintes ou à des désirs envahissants. Le consultant non prémuni est ainsi placé dans une position de grande passivité, de réceptivité, ce qui correspond au yin. En nous reportant au Zodiaque, nous voyons que le signe opposé au Capricorne, donc son opposé/complémentaire, est celui du Cancer. Ce dernier symbolise l’ouverture. D’un côté, nous trouvons l’arrêt du destin (Capricorne) signifié par le consulté et, nécessairement vu la loi de complémentarité, en face, l’ouverture, la perméabilité du consultant (Cancer). Ainsi, le rigide, le particulier viennent s’imprimer sur le souple et le malléable. Eclat de la LuneSans vouloir rentrer dans des considérations techniques et symboliques trop poussées, rappelons que le Capricorne, même si marqué par le yin, demeure fondamentalement yang et que le Cancer représente le yin primordial dans notre monde. Ainsi, la relation joue du Capricorne, émetteur, au Cancer, récepteur. Pour faire sentir la portée de ceci, rappelons-nous que le Capricorne forme le signe de la fin de cycle, du passé, et que de ces derniers dépendent les possibilités s’ouvrant à nous dans le cycle suivant (Cancer), sur lesquelles ils s’impriment (11). Nous voyons ainsi nettement la nature de l’emprise du consulté sur le consultant. En recourant à des procédés considérés souvent par l’opinion commune comme « magiques » (ce qui n’est pas le cas), la personne tend à conférer au produit de la divination un caractère supérieur, donc à se laisser spontanément manipuler.

    Si nous ne critiquons nullement l’obéissance en tant que telle, simple disposition pouvant donner le meilleur comme le pire selon le modèle suivi, en revanche, la pratique divinatoire, parce que de nature inférieure, tend naturellement à faire descendre. Ainsi, le consultant se trouve ouvert à des suggestions dont il ignore la nature et pouvant être éminemment dangereuses. Ceci ne signifie pas que l’astrologue, le devin ou le voyant se retrouve dans une situation meilleure. Le plus souvent, il ignore la nature des éléments qu’il manie. En témoigne, par exemple, l’attribution de la prétendue influence des astres à des phénomènes corporels (« rayonnements », «  énergies », etc. quand ce n’est pas l’hypothèse ridicule de la gravitation (12)). Le domaine corporel, situé en bas, se rattache encore au versant yin des choses.

    Des troubles obsessionnels peuvent également survenir. Certains reconnaîtront là les personnes plongées constamment dans les éphémérides (13), vissées à leur thème ou à celui de leurs proches, n’entreprenant rien sans « consulter les astres » (en fait, plutôt les forces subtiles du domaine inférieur, qui vont les entraîner petit à petit vers ce dernier). La passivité se manifeste ici de manière excessive et mal orientée. Rappelons à cet égard que la santé, corporelle comme psychique, dépend de l’état d’équilibre entre le yin et le yang et du placement correct de chaque chose. Le déséquilibre induit par les pratiques divinatoires est évident. Prenant les prédictions sans maîtriser l’astrologie (ce qui serait yang), le consultant ne retient que les résidus, que les produits de celle-ci. Il y manque la face supérieure. L’ensemble ne peut que tirer vers le bas, vers le domaine du multiple.

    La recherche de consultations divinatoires correspond bien à la mentalité de notre temps. Habitué aux solutions « presse-bouton », à la machine, l’être humain moderne recherche le moyen de résoudre ses problèmes en faisant appel à l’extérieur, avec le moins d’efforts propres possibles. Quoi de plus confortable en apparence qu’un « décret » tout fixé qui nous portera là où l’on veut (ici réapparaît suggestion et auto-suggestion). Extérieur, fatalité et tendance à l’inertie (14) forment des analogues du yin lorsqu’il en vient à éclipser le yang. Combien il est facile de tout reporter sur autrui, plutôt que de fournir l’effort personnel de compréhension permettant de dépasser les circonstances ordinaires. La prédiction signifie tout simplement « dire avant qu’un phénomène se produise ». Nous sortons ici du présent, du moment et du lieu où la divinationl’activité de l’être peut s’exercer et qui réclame notre attention. Le présent forme le moment central, celui réunissant en lui le passé (comme cause) et l’avenir (en germe). Or, se concentrer signifie « être avec le centre ». On conçoit sans peine la ruine de toute concentration qu’opère la divination. L’individu recevant ou se livrant à l’activité prédictive est ainsi désaxé, hors de l’axe central. Ramana Maharshi dit (L'enseignement de Ramana Maharshi, Albin Michel, page 525, n°547) :

« Maharshi : A quoi sert-il de remonter dans le passé ou de prévoir l’avenir ? Ce qui importe, c’est le présent seulement. Prenez-en soin et toutes choses s’arrangeront d’elles-mêmes.

Demandeur : Est-il mauvais de désirer quelque chose ?

Maharshi : On ne devrait pas se réjouir quand un désir est pleinement satisfait, ni se lamenter quand il est frustré. Se pâmer d’aise, parce qu’un désir a été exaucé, c’est tellement décevant. Tout gain sera perdu, tôt ou tard. Par conséquent, la joie de la satisfaction doit forcément céder la place à la souffrance, dans l’avenir. C’est pourquoi nul ne doit se laisser émouvoir par des sentiments de plaisir ou de douleur, quoi qu’il puisse arriver. Comment les événements peuvent-ils vous affecter ? Vous savez bien que vous ne grandissez pas en acquérant des richesses, et que vous ne rapetissez pas en les perdant. Vous restez ce que vous êtes depuis toujours.

Demandeur : Fort bien. Mais les hommes, ici-bas, peuvent difficilement résister à leurs désirs.

Maharshi : On ne vous interdit pas d’éprouver des désirs, mais vous devez être préparé à toute éventualité. Il vous faut vous efforcer, sans vous attacher toutefois au résultat de vos efforts. Acceptez avec équanimité quoi qu’il arrive. Comprenez que le plaisir ou la douleur ne sont que de simples modifications de votre mental. Ils n’ont aucun rapport avec la réalité objective ».

    Nous voyons des manifestations de ce « désaxage » lié à la divination dans l’obsession mentale sur le contenu de la prédiction, le bouillonnement interne finissant d’ailleurs par brouiller celui-ci, le mental suivant des mouvements oscillants Ici apparaît plus nettement le caractère tout contraire à la spiritualité de la divination, caractère à l’origine de son désaveu par toute tradition. Rappelons que ce dernier terme signifie étymologiquement et essentiellement « transmission », depuis l’Origine nécessairement non humaine du monde. Le terme a dégénéré au fil du temps pour ne plus désigner que de simples habitudes toutes humaines (15). Nous retrouvons cette dégénérescence dans l’appréhension de l’astrologie par les modernes, laquelle ne concerne plus – pour eux et seulement pour eux – que la description de menus faits particuliers. En quoi la simple connaissance extérieure du « décret » s’appliquant à nous est-elle susceptible de nous aider ? Le manque de concentration pour le présent fait manquer l’essentiel et le but de connaissance, contre la spiritualité vraie.

    L’inquiétude pour l’avenir forme le trait dominant de l’activité prédictive et est contraire à l’esprit traditionnel. Le souci d’aider est plus ou moins sincère mais ceci n’importe que peu relativement aux dangers de la divination, dangers qui procèdent de sa nature même. Cette angoisse diffuse est liée à la période cyclique dans laquelle nous nous trouvons, celle de la fin du cycle de présente humanité, analogue du signe du Capricorne dont nous étions partis. Les pseudo « prophéties » y font florès, créant sensations de malaise ou mouvements de panique (16). Chacun a pu constater leur prolifération.

    L’astrologie parvenue jusqu’à nous ne se présente que comme un résidu de la science sacrée qu’elle est. Comme l’astronomie s’est détachée de l’astrologie traditionnelle pour former le corps de connaissances que propose la science moderne, les astrologies modernes, quelle que soit leur forme, se sont coupées des principes traditionnels pour suivre leur propre route. Au fond, l’astronomie moderne et l’astrologie prédictive, bien loin de constituer deux choses nettement séparées, ne sont que les deux formes de l’erreur issue de l’incompréhension de la Tradition. Ceci explique la lutte acharnée qu’elles se livrent comme deux sœurs ennemies, les opposés s’attirant. D’un côté, l’astronomie ne considère que l’aspect corporel des choses (yin (17)). De l’autre, l’astrologie prédictive ne considère que les faits individuels, particuliers (yin également).

    Ces considérations sur la divination ne concernent pas seulement l’astrologie. Le monde moderne a également ses pratiques divinatoires : statistiques, probabilités. Elles sont assises sur la quantité, sur les « chiffres ». Loin d’être éclairée, la science moderne révèle ici son caractère éminemment superstitieux. Rappelons qu’une superstition, loin de constituer seulement une simple croyance irrationnelle, peut tout aussi bien affecter la raison. En effet, celle-ci constitue un simple moyen de connaissance indirecte, partant faillible, de multiples éléments s’intercalant entre le point de départ et le point d’arrivée. Observons qu’elle suscite des débats sans fin car la raison, livrée à elle-même (sans intelligence des principes, donc sans intellectualité (18)) ne permet de s’établir nulle part. La variabilité incessante des hypothèses de la science moderne ne forme qu’une manifestation de cette nature. Une superstition désigne proprement « ce qui subsiste après qu’on en ait perdu le sens » (latin superstes). La science traditionnelle des nombres, que l’on retrouve par exemple sous l’aspect de la « gématrie » dans les traditions hébraïque et islamique, envisage ces derniers sous leur face qualitative. Les nombres n’ont en effet pas seulement une face quantitative, comme le croient les modernes affectés par la mentalité de division irréductible, mais également une face qualitative permettant de servir de support d’enseignement de la doctrine traditionnelle. La science moderne, réduisant tout à son aspect le plus quantitatif possible, a voulu tirer des nombres des moyens de deviner les tendances. Nous retrouvons ici son caractère fondamental : contrefaire la Tradition (le « diable », celui qui divise (19), est le singe de Dieu). La science moderne imite la doctrine traditionnelle en la travestissant, donc en en détruisant l’aspect et les possibilités supérieurs. Soulignons que l’imitation est nécessairement le fait de la science moderne, dans la mesure où l’existence du modèle doit être antérieure à celle de la copie. Nous ne nous pencherons pas en détail sur les méthodes divinatoires de la science moderne mais en indiquerons simplement les lignes directrices.

    La première, guidant les autres, est l’attention soutenue portée à la quantité. Rappelons que celle-ci a un caractère fondamentalement yin et qu’elle peut être rattachée, tout comme la prédiction astrologique, au signe du Capricorne. Dans la quantité, il s’agit de ne considérer que des éléments singularisés et de les amasser pour, disons, « se faire une idée ». Dès lors, les mêmes considérations que celles que nous venons de développer peuvent être adressées à la divination proposée par la science moderne. La couverture « scientifique » ne suffit pas à les retrancher. La prédiction moderne tente de se présenter sous un jour moins dangereux que celle tirée de l’astrologie dégénérée (c’est-à-dire, étymologiquement, « éloignée de son origine »). Ceci ne saurait marcher qu’en apparence. N’oublions pas que la prise de décisions économiques, politiques, etc. s’effectue beaucoup en fonction de ces pseudos divinations. Ces décisions retentissent évidemment sur chaque individu. Une partie du chaos de ce monde, croissant, provient ainsi de l’usage de ces méthodes prédictives. Ce désordre allant croissant est un signe remarquable de la nature de ce qui l’engendre. Prenons-en un exemple simple. Chacun aura remarqué la prolifération des « sondages politiques ». Ils sont régulièrement présentés comme des « clichés » d’un « état de l’opinion » à un moment donné, donc non décisifs et non nécessairement parlants pour prédire l’élection elle-même. Soulignons que cette prise de position des « scientifiques » est en fait assez récente. Certains échecs récurrents qu’ont reçu ces méthodes statistiques ont en effet amené ses promoteurs à plus de modestie. Que l’on se souvienne de leur arrogance passée. Ces démentis réguliers ne les ont nullement découragés dans la continuation de leur activité prédictive, présentée sous un jour plus vicieux et, paradoxalement, plus efficace. En effet, le bombardement intensif de sondages les plus divers, aux résultats des plus variables, finit nécessairement par créer des suggestions chez ceux qui les reçoivent. Au moment de voter effectivement, beaucoup se décideront en fonction d’eux, soit par exemple contre le candidat en tête et qui leur déplaît, soit en ne se déplaçant pas, tout paraissant joué, etc. Or, l’on sait que les résultats des élections se jouent souvent sur des déplacements assez faibles d’un électorat d’un camp à un autre. De plus, plus subtilement, les sondages tendent à influencer la masse, telle une suggestion collective analogue de celle du devin sur celui qui le consulte : y croire amène à adapter son comportement au contenu de la prédiction. La masse, toujours en position réceptive, adapte spontanément son comportement au modèle qui lui est présenté. Les raisons d’un tel bombardement de sondages proviennent pour partie des médias, à la recherche d’arguments de vente pour appâter le chaland, mais également pour partie des personnels dirigeants – visibles ou dissimulés – désireux d’influencer la foule et le résultat des élections. La boucle est bouclée : nous retrouvons finalement la même mentalité à l’œuvre que celui des astrologues prédictifs. Les extrêmes se rejoignent. Si « les astres inclinent mais ne déterminent pas » pour certains astrologues, pour les tenants de la science moderne, les « sondages inclinent mais ne déterminent pas ». Reste que la suggestion demeure puissante, puisque plus subrepticement amenée. Les deux procédés sont fondés sur les poisons de l’ignorance et de l’avidité (pas nécessairement pécuniaire mais également concernant la « glorification du moi » et le désir de régenter autrui). Ce n’est nullement un hasard si l’on retrouve dans les mêmes revues des rubriques horoscopiques et « sondagières ». Tout ceci ne peut aboutir qu’à un déséquilibre de plus en plus généralisé.

    Pour l’anecdote, jusqu'à la fin du XXe siècle, le code pénal français sanctionnait dans son article R-34 7°) « les gens qui font métier de deviner ou pronostiquer, ou d’expliquer les songes ». Cet article, fort sage vu les dangers de la divination, a été supprimé en 1994, sous la présidence de François Mitterrand. Certains soupçonneront quelque influence de milieux astrologiques proches du pouvoir d’alors. Toutefois, de surcroît, constatons que la rédaction du texte laissait également ouverte la porte à la condamnation des sondages et études statistiques modernes… Il y avait donc un intérêt commun à la disparition de cet article. Remarquons que l’ancienne disposition sanctionnait des pratiques et des faits, non des pensées. Ces interdictions ne s'adressaient donc pas à l'astrologie en tant que telle, mais aux troubles sociaux qu'entraînent les pratiques des devins s’appuyant sur l’astrologie. Nous retrouvons ici la prescription de l’Eglise catholique, condamnant avant tout la divination et la manipulation tirée d’elle (20). En un sens, dans le domaine de l'astrologie, la loi ne sanctionne pas l'influence indue des astres (la loi ne pouvant d’ailleurs arrêter le mouvement de ces derniers) mais bien l'influence indue des astrologues. L’escroquerie financière n’est qu’un danger très secondaire, relativement bénin au regard des autres que nous présentons ici de manière non exhaustive.

    Certains assimilent la pratique astrologique à la tenue régulière de consultations prédictives, sans laquelle aucune compétence ne serait possible. Dira-t-on à quelqu’un maîtrisant l’art du combat qu’il doit aller l’exercer en provoquant systématiquement des rixes à l’extérieur ? Sera-t-il qualifié d’incompétent s’il ne le fait pas ? Pour restreindre les dangers de la divination, il convient d’en restreindre l’usage le plus possible : les dégâts puisant leur source dans leur nature quantitative, la réduction de la quantité des recours les minimise ainsi dans une certaine mesure. Ceci est toutefois nettement insuffisant. Poser des questions de l’ordre le plus qualitatif possible agit favorablement. Les questions comme « vais-je devenir riche ? » sont fatales. Si l’on veut éventuellement recourir à la divination, la demande de conseils sur le comportement adéquat à tenir, sans intervention de motifs égoïstes, paraît la meilleure de toutes. Nous le voyons, nous nous éloignons ici de la prédiction telle qu’elle est le plus ordinairement conçue. L’astrologie traditionnelle aide à connaître ce que la tradition extrême-orientale nomme la Volonté du Ciel.

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(1) René Guénon, traitant des sciences traditionnelles en général, notait : « de ces sciences traditionnelles, la plupart sont aujourd’hui complètement perdues pour les Occidentaux, et ils ne connaissent des autres que des débris plus ou moins informes, souvent dégénérés au point d’avoir pris le caractère de recettes empiriques ou de simples « arts divinatoires » » (Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le Taoïsme, éd. Gallimard, page 69). Retour au texte.

(2) Voir : G. Audebrand et I. Ravier, Astrologie traditionnelle, Principes de l’astrologie, Le Zodiaque et les planètes, page 5. Retour au texte.

(3) Voir : René Guénon, L’erreur spirite, Editions traditionnelles. Retour au texte.

(4) Sur le caractère quantitatif de l’époque moderne, voir : G. Audebrand et I. Ravier, Astrologie traditionnelle, Principes de l’astrologie, Le Zodiaque et les planètes, Introduction générale. Retour au texte.

(5) Voir : René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, éd. Gallimard, chapitres II et III. Retour au texte.

(6) Voir : G. Audebrand et I. Ravier, Ouranos. Retour au texte.

(7) Voir : G. Audebrand et I. Ravier, Astrologie traditionnelle, Principes de l’astrologie, Le Zodiaque et les planètes, page 6. Retour au texte.

(8) Cette « muraille » empêche également par ailleurs la fixation et la description détaillées de l’événement recherché lui-même. En effet, tant que ce dernier n’est pas survenu, il y subsiste nécessairement une part d’indétermination, d’inachevé : il n’est pas fixé, terminé dans toutes ses parties. C’est ainsi une illusion que de croire que tout peut être dit avant. L’événement peut être retracé seulement symboliquement, ce qui est bien l’essentiel de ce qui peut en être dit. Il faut attendre la fin du cycle de sa production pour être fixé (reprenons ici une expression courante qui en dit long). Le Capricorne, moment où le yin l’emporte sur le yang, est le signe de la fin d’un cycle et celui de l’individualisation la plus complète. Nous rejoignons ici le motif symbolique de la divination. Retour au texte.

(9) Voir : G. Audebrand et I. Ravier, Déterminisme, fatalité et liberté selon l’astrologie et la Tradition. Retour au texte.

(10) Nous voyons ici encore une fois se manifester la tendance moderne à l’analyse, au découpage artificiel et irréductible de situations en plusieurs morceaux (qu’on peut même qualifier de lambeaux), mentalité qui n’envisage que des objets d’étude séparés. Retour au texte.

(11) Voir : G. Audebrand et I. Ravier, Astrologie traditionnelle, Principes de l’astrologie, Le Zodiaque et les planètes, pages 165 et suivantes. Retour au texte.

(12) Voir : G. Audebrand et I. Ravier, Astrologie traditionnelle, Principes de l’astrologie, Le Zodiaque et les planètes, page 7. Retour au texte.

(13) Recueils retraçant le mouvement des planètes. Retour au texte.

(14) L’inertie complète ne se rencontre pas, l’essence de la vie étant le changement. Retour au texte.

(15) Voir : G. Audebrand et I. Ravier, Astrologie traditionnelle, Principes de l’astrologie, Le Zodiaque et les planètes, Introduction générale.Retour au texte.

(16) Voir : René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, éd. Gallimard, chapitre XXXVII, La duperie des « prophéties ». Retour au texte.

(17) Voir : G. Audebrand et I. Ravier, Astrologie traditionnelle, Principes de l’astrologie, Le Zodiaque et les planètes, page 6. Retour au texte.

(18) L’acte fondateur de la mentalité moderne a été celui de la confusion entre rationalité et intellectualité, au détriment de la seconde. Retour au texte.

(19) Du grec diabolosRetour au texte.

(20) L’Eglise serait quelque peu mal venue à contester l’astrologie elle-même dans la mesure où sur nombre de ses édifices religieux figurent des Zodiaques… Voir, par exemple : G. Audebrand et I. Ravier, Une figuration du Zodiaque sur la Cathédrale de Notre-Dame. Retour au texte.