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Déterminisme, fatalité et liberté selon l'astrologie et la Tradition |
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alisme"
provient de ce dernier terme. Il est apparu au XVIIIe
siècle. Jacques le fataliste, personnage de Diderot, en forme
une illustration. Comme l’indique habituellement le
suffixe "-isme", il s’agit de la systématisation
d’une idée. Or, comme le relève René
Guénon, "au fond, un système n’est pas autre chose
qu’une conception fermée, dont les bornes plus ou
moins étroites sont naturellement déterminées par
l’"horizon mental" de son auteur" (2).
S’agissant de la fatalité, nous sommes ainsi en
présence d’une double réduction. D’une part,
l’on perd de vue qu’il s’agit initialement de la
législation divine (analogue du Dharma
hindou et bouddhique). Cette incompréhension du principe plonge
dans la dualité, où l’on ne considère plus
que les deux aspects, considérés comme
irréductibles, du faste et du néfaste (ou encore du bien
et du mal…). D’autre part, l’on enferme un de ses
termes dans une organisation toute individuelle de la pensée, en
excluant son complémentaire. Ce "système de la
fatalité" se présente alors comme une mécanique
(comme tout système moderne…) dans laquelle serait pris
l’être humain, n’agissant plus que comme une sorte
d’automate, de "robot". Le fatalisme est marqué du sceau
de la rigidité, source inévitable de pression et de
stress. Or, si la rigidité constitue effectivement une
possibilité d’existence, elle n’embrasse pas
l’ensemble de celle-ci, comme chacun peut le constater. Pour
prendre un exemple très élémentaire, certains
caractères sont souples et d’autres inflexibles.
Analogiquement, il en va de même pour les diverses
destinées. En observant la vie, nous constatons le changement,
la variation, donc le contraire de la pure rigidité. Comment ce
qui est variable pourrait-il être fixé,
arrêté, en même temps ? Cette différence de
nature ne peut faire se superposer l’existence et la
fatalité. Si certaines choses apparaissent fatales (par exemple
le passé, fixé une fois pour toutes), il en est de
nombreuses autres qui ne le sont pas (comme le présent et
l’avenir par exemples, qui ne sont pas arrêtés,
fixés dans toutes leurs parties) (3).
ou
tel trait de caractère, de telle ou telle aptitude corporelle ou
mentale, etc. Le libre-arbitre, en tout état de cause, ne
saurait être accepté que fortement amoindri. L’on
concevra que les déterminations précitées jouent
de manière non négligeable dans le cours de
l’existence. Ceci suggère que l’hypothèse du
libre-arbitre, comme tout système, est très limité
et ne saurait être pris comme embrassant toute la vie, donc comme
pouvant fonder celle-ci.
L’association
de ces deux ordres de détermination rend compte de la nature
spécifique de tel ou tel individu. Ainsi se résout la
question du déterminisme, de la fatalité et de la
liberté. L’individu est déterminé de
l’intérieur, cet intérieur prenant finalement telle
ou telle forme selon les conditions du milieu, selon ce que ce dernier
permet de manifester ou de ne pas manifester (7).
Principe unique. Le lecteur intéressé pourra se pencher
sur les ouvrages de Sa Sainteté le XIVe Dalaï Lama,
revenant très régulièrement sur cette loi
fondamentale. Pour l’avoir oubliée, pour avoir
oublié cet aspect du Dharma (analogue du Fas,
rappelons-le), l’homme moderne, après avoir perdu toute
intellectualité, toute sa partie supérieure,
détruit son prochain, le monde et lui-même. La
recherche vaine et illusoire de la puissance, de la domination,
fondée sur la croyance à un « je »
séparé, s’anéantit dans la mort. La mort est
l’ultime rigidité de l’individu. En cette
rigidité, nous retrouvons le fatalisme : le libre-arbitre se
convertit finalement dans ce dernier, dont il n’est que
l’autre face, comme nous l’avons vu plus haut. Ce
n’est pas sans paradoxe que l’humanité cherche
actuellement sa plénitude à l’extérieur
d'elle-même. En effet, l’extérieur est contrainte,
limitation pour l’être. En se portant vers
l’extérieur, l’humain se dirige donc vers ce versant
de l’existence et, par conséquent, s’asservit
finalement, perd sa liberté, en croyant fermement le contraire.
Concrètement, nous voyons par exemple les ravages
qu’exercent la possession et l’avidité. Ignorant les
lois supérieures régissant ce monde, bien
différentes des hypothèses mécanistes ou
fantaisistes avancées par les modernes, l’être
humain contemporain ne peut que les transgresser, ceci amenant la
souffrance.
lon
les époques et les lieux. Elle repose sur une sorte de dualisme
irréductible, avec le "bien" d’un côté et le
"mal" de l’autre, entrant en lutte pour la maîtrise de
l’univers. Cette vue est totalement anti-traditionnelle (9).
Fondamentalement et conformément à sa nature, la morale
s’en tient aux apparences s’agissant des actions. Il suffit
de manifester extérieurement le comportement jugé correct
pour s’en tenir quitte avec la morale. Le mobile et,
au-delà, le principe directeur de la situation,
n’intervient que peu dans l’estimation de cette
dernière. Or, c’est lui l’essentiel,
l’intérieur. Le karma est intimement lié à
l’état d’esprit, au principe animant
l’être impliqué dans l’action. Deux actions
extérieurement apparemment semblables peuvent être
productrices de karma très différents (10).
Tout dépend en définitive de la nature de
l’être qui le produit et donc de la détermination,
de la qualification qu’il apporte au monde. Le taoïsme
exprime ceci de la sorte :
Le karma enchaîne à la ronde des existences, mais permet également de s’en libérer (12), par l’activité rituelle (dont le nom sanskrit est karma
également), c’est-à-dire celle conforme à
l’ordre du monde et qui n’a donc aucun rapport avec quelque
conventionnalisme humain que ce soit (13).
A l’opposé, si l’on puit dire, le libéralisme
moderne, imprégné de moralisme, se tourne
résolument vers l’extérieur et néglige
l’état d’esprit intérieur, dès lors
atrophié. Se croire pourvu d’une liberté tout
extérieure et factice conduit, d’une part, à ne
plus exercer l’activité rituelle qui est la fonction
essentielle de l’être humain et, d’autre part,
à transgresser involontairement les lois du karma.
Ne comprenant pas le sens de ce monde, l’homme se croyant
affranchi sombre en réalité dans la servitude. Esclave de
ses désirs, de sa vision des choses, de
l’extérieur, se réfugiant derrière des
apparences factices, voué à la nullité
spirituelle, favorisant l’action pour l’action et
négligeant la disposition d’esprit, il ne lui reste plus
qu’à attendre avec angoisse la mort en vivant dans une
pseudo griserie puérile ponctuée de déceptions.
L’ignorance et le mépris de la Loi ne la fait pas pour
autant disparaître…
r
une influence des planètes sur la vie terrestre et donc sur les
êtres humains. Cette quête procède de la
mentalité moderne, cherchant des influences "physiques" partout,
n’arrivant à considérer que ce que les sens
corporels peuvent appréhender : rayonnements, masses, vitesse,
quantum d'énergie, attraction, répulsion corporelles ,
etc. Les astres et les signes du Zodiaque ne constituent que des
symboles des lois supérieures régissant notre
monde, du Dharma, du Fas. Leur mouvement contribue à représenter les karmas (14).
Raisonner autrement revient à confondre la carte avec le paysage
lui-même. Il vaudrait mieux par conséquent dire : "les
lois symbolisées par les astres inclinent, mais ne
nécessitent pas".(1) La perte du double sens d’un symbole correspond au processus de dégénérescence (au sens propre du terme : éloignement de l’origine) qui affecte tout ce qui est soumis au changement. Voir : René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, éd. Gallimard, chapitre XXX, Le renversement des symboles. Retour au texte.
(2) René Guénon, L'Homme et son devenir selon le Vêdânta, Editions traditionnelles, chapitre premier, Généralités sur le Vêdânta, page 15. Retour au texte.
(3) Lao Tseu a dit à ce sujet (Tao-te King, chapitre LXXVI) :
"Les hommes en naissant sont tendres et frêles,
La mort les rend durs et rigides ;
En naissant les herbes et les arbres sont tendres et fragiles,
La mort les rend desséchés et amaigris.
Le dur et le rigide mènent à la mort ;
Le souple et le faible conduisent à la vie".
(4) Ceci est la source des discussions « philosophiques » sans fin dans lesquelles certains se complaisent. Retour
au texte.
(5) Sur cette question, voir : G. Audebrand et I. Ravier, Le moralisme. Retour au texte.
(6) René Guénon, Les Etats multiples de l’Etre, Guy Trédaniel Éditeur, page 102. Retour
au texte.
(7) Pour un approfondissement de ceci, voir : René Guénon, La Grande Triade, éd. Gallimard, chapitre XIII, L’être et le milieu. Retour au
texte.
(8)
Voir : René Guénon, Les Etats multiples de l’Etre, éd. Guy Trédaniel. Retour
au texte.
(9) Voir : G. Audebrand et I. Ravier, Le moralisme. Retour
au texte.
(10) De même, un même phénomène peut amener à "établir" des hypothèses
très diverses, comme l’illustre les changements incessants d’hypothèses
auxquels procède la science moderne, purement empirique et ne
considérant que ce qui est de l’ordre phénoménal. Retour au texte.
(11) Lao-tseu, Tao-te King, chapitre LI. Retour
au texte.
(12) Le maître hindou Ramana Maharshi répondit ainsi à la question "le
karma prend-il jamais fin ?" : "les karma portent en eux-mêmes les
semences de leur propre destruction". (L’enseignement de Ramana
Maharshi, éd. Albin Michel, collection « Spiritualités vivantes », page 11,
n°10). Retour au texte.
(13) Voir : René Guénon, Aperçus sur l’Initiation, Editions traditionnelles, notamment les chapitres XV (Des rites initiatiques) et XVI (Le rite et le symbole). Retour au texte.
(14) Voir : G. Audebrand et I. Ravier, Introduction générale à l’astrologie traditionnelle.
Retour au
texte.
(15) Voir à ce sujet : René Guénon, La Grande Triade, éd. Gallimard, chapitre XXI, Providence, Volonté, Destin. Retour
au texte.
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