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Astrologie et
géocentrisme
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L’un des arguments de certains scientifiques modernes pour réfuter l’astrologie – et, au-delà, l’approche traditionnelle – se retrouve dans leur constatation que cette discipline se fonderait sur un géocentrisme dépassé par la « révolution moderne » de l’héliocentrisme, promue principalement par Copernic et Galilée. Le géocentrisme soutient que la Terre se situe au centre du cosmos et que Soleil et astres tournent autour. L’héliocentrisme, quant à lui, affirme que c’est le Soleil qui occupe cette place. Toujours dans la même finalité démonstrative, les savants modernes confrontent le caractère quasi sphérique de la Terre, prétendument découvert par eux, avec la platitude que les Anciens lui reconnaissaient. Ces deux questions, comme nous allons le voir, sont étroitement liées entre elles et montrent le degré d’incompréhension existant entre le monde traditionnel et le monde moderne.
L’un des défenseurs de l’héliocentrisme fut Galilée (1564-1642), condamné par l’Eglise pour ses thèses. Ce procès est fréquemment invoqué pour mettre dramatiquement en perspective la lutte entre le monde traditionnel, volontiers qualifié « d’obscurantiste », de véritable frein à la connaissance, et le monde scientifique moderne, commençant à émerger, avec ses méthodes propres et conçues à l’opposé des sciences traditionnelles (1). En fait, ce n’est pas tant la soutenance par Galilée du mouvement de la Terre autour du Soleil qui fut la cause de sa perte, que sa prétention à tirer de ses observations empiriques une interprétation des textes sacrés, qu’il n’était pas qualifié à donner. Cette fonction revient en effet à l’autorité spirituelle (2). D’une manière plus générale, un phénomène peut illustrer des théories très différentes et même contradictoires. En sorte qu’on ne peut y trouver un appui doctrinal valable. Galilée tourna en ridicule le géocentrisme figurant dans la Bible, en soutenant que seule sa conception était valable. Ici, nous voyons apparaître l’origine de la méprise.
Dans le sens d’une conciliation des points de vues, il est intéressant de noter que le disque constitue une section de sphère ou d’ovoïde :

Figure 1 : sections d'ovoïde et de sphère
Il en est dès lors comme une partie. Or, qu’est-ce que la vision terrestre d’un observateur sinon une partie de la totalité des points de vue existant sur la Terre ? Traditionnellement, la forme sphérique constitue la forme se rapprochant de la perfection, étant la moins différenciée de toutes, donc la plus à même de produire l’ensemble des autres figures géométriques. Aristote précisait que, la Terre devant être parfaite (en son genre), elle devait avoir une forme sphérique. Eratosthène de Sylène (280 – 198 av. J.C.) calcula le rayon de la Terre, la considérant donc comme ayant une forme sphérique. Ceci ne concerne cependant qu’une antiquité très relative. La forme quasi sphérique de la Terre est connue depuis des temps immémoriaux. En témoigne le symbolisme de « l’Oeuf du Monde » (Brahmânda dans la Tradition hindoue, ce symbole se retrouvant dans toutes les Traditions) qui désigne le germe à partir duquel la manifestation se déploie. Analogiquement, la planète Terre constitue une représentation de ce germe et a donc la forme plus d’un œuf que d’une sphère parfaite. La forme ovoïde se distingue, entre autres, de la sphère parfaite en ce qu’elle s’organise autour de deux pôles (en géométrie plane, elle correspond à l’ellipse) (6), tandis que la première n’a qu’un centre. Comme l’a relevé René Guénon, l’Oeuf du Monde comporte ainsi en lui une première spécification de l’Unité primordiale, celle consistant dans une polarisation en deux principes relatifs : la masculin et le féminin (7). On le voit, la révolution copernicienne est très loin d’en être une (8). Des rapports géométriques entre la sphère et la roue, nous pouvons tirer une première idée de ce que peut être la conciliation de divers points de vue, dont nous étudierons un peu plus loin la signification symbolique.
A l’instar de ce qui se produit s’agissant de la question de la sphéricité ou de la platitude de la Terre, géocentrisme et héliocentrisme se rapportent à deux points de vue différents, mais compatibles, de l’ordre du monde, points de vue compris dans une même synthèse. Cette synthèse, les Anciens la possédaient : chez eux héliocentrisme et géocentrisme étaient reconnus et liés, sauf apparemment lors de certaines périodes de décadence. Ainsi, à regarder la figuration astrologique du Soleil, il est facile de constater que celui-ci est bien conçu comme centre (figure 2) (9). Le Soleil est de même conçu comme un analogue du pouvoir, de l’autorité, attributs tous centraux…

Figure 2 : représentation
astrologique du Soleil.
Il nous reste à déterminer les sens respectifs exprimés par la « géocentrie » et « l’héliocentrie ». Nous situant dans le domaine du relatif, nous devons connaître à quoi se rapportent ces deux aspects, afin d’en connaître la portée et le sens, ainsi que la hiérarchie existant entre eux. La démarche traditionnelle veut que l’on parte des principes. La manifestation est le domaine de la dualité, dont le relatif forme l’un des autres noms. Pas de jour sans nuit, pas de haut sans bas, pas d’homme sans femme, pas de droite sans gauche, etc. L’Unité primordiale se polarise en principe actif, céleste (analogue du masculin) et principe réceptif, terrestre (analogue du féminin), sans pour autant y perdre sa nature unitaire, contenant les deux pôles en elle. La figure du yin-yang et celle de la double spirale (figure 3) illustrent, chacune à leur manière, la complémentarité des deux principes. Cette complémentarité résulte bien entendu de leur origine commune, de leur compréhension dans l’Unité (10). Nous voyons ceci représenté par l’inclusion de la partie blanche (yang) et de la partie yin (noire) dans un même cercle.


Figure 3 : Tai Qi
et la double spirale.
Nous allons particulièrement nous intéresser à la figure de la double spirale. Celle-ci nous expose les rapports entre héliocentrie et géocentrie. Soulignons d’emblée que ces deux dernières ne constituent qu’une application des principes universels : céleste et terrestre. Il paraît évident que le point de vue héliocentrique se rapporte au Ciel et le point de vue géocentrique à la Terre. A regarder la double spirale, nous nous rendons compte que nous avons affaire à deux tendances animées de mouvements contraires (complémentaires en réalité). Le Ciel (yang) se présente comme centrifuge et la Terre (yin) comme centripète. Il s’agit des deux pôles entre lesquels toute la manifestation se déploie. Le pôle céleste, par son « activité non-agissante », « émet » ses qualités. Quant au pôle terrestre, il « condense » en lui ces qualités, se comportant comme un support. La rencontre des deux produit un élément manifesté. Chacun des pôles joue à sa manière le rôle d’un centre : centre émetteur pour le Ciel et centre récepteur pour la Terre.
Le point de vue héliocentrique étant céleste, il symbolise le rôle formateur du principe masculin. Ceci se traduit par exemple, et notamment pour le sujet qui nous intéresse ici, par le fait que c’est le Soleil qui ordonne le mouvement de la Terre (11). Le point de vue géocentrique, à l’inverse, nous place du côté des vies humaines. C’est ce point de vue que nous allons étudier tout spécialement ici.
En prenant un individu humain comme référentiel, nous constatons qu’il est immobile au centre et que le monde se déroule autour de lui. La Terre lui paraît plate, le ciel les couvre. Ce point de vue est individuel (12). L’individu se place nécessairement et en tous points au centre de son existence. En ceci, il forme le reflet inversé de l’Unité primordiale, laquelle est au centre de tout, tout étant compris en elle (voir figure 4) (13). Le centre que forme l’individu se limitant à un état d’existence parmi une multitude d’autres (14), il n’est qu’un « diminutif » de la véritable Unité. Reste qu’à l’image de celle-ci, le cosmos relatif qu’il occupe se décrit par rapport à lui. Ici apparaît le lien entre le géocentrisme et l’Astrologie.

Une carte astrologique du ciel se dresse au moment et au lieu où se situe l’observateur, donc se trouve marquée par la « géocentrie ». Ceci s’explique dans la mesure où il s’agit de décrire l’état relatif d’une personne, son état individuel. L’« héliocentrie » n’est par conséquent pas de mise. Pour étudier un être humain, il paraît cohérent de définir l’espace par rapport à lui, tout comme durant toute son existence, l’espace se définira pour lui comme s’il en était le centre (et il l’est effectivement, même si seulement de manière relative) (15). A partir de ce centre individuel, point n’ayant une telle valeur que relativement à la personne, nous désignons les différentes directions de l’espace : signes et maisons (16). Ces directions signalent les diverses qualités à l’œuvre dans l’individualité considérée. En scrutant une carte du ciel (figure 5), nous voyons que l’observateur se situe au centre de la roue et qu’autour de lui figure l’état des astres.

Soulignons pour bien préciser les choses que la position des astres ne porte pas d’influence au sens propre du mot, mais sert, selon les termes du Nei Jing Su Wen (17), d’index, donc de moyen de déceler l’état du monde en un endroit et à un moment donnés. Tout obéissant en définitive à un principe unique, astres et êtres se trouvent entraîné dans un changement analogue, de sorte que le mouvement des premiers peut servir à décrire les modifications des seconds (18). L’espace n’a pas une nature homogène, nonobstant les approches simplificatrices et uniformisantes de la science moderne, mais ses directions ont leurs qualités propres (19). L’astrologie se fonde sur la connaissance de la valeur de ces directions. Précisons que nous employons le terme « valeur » dans son sens qualitatif et non quantitatif. Notons que la science moderne n’envisageant que tout ce qui se pèse et se mesure quantitativement, elle ne peut que nier l’astrologie traditionnelle, ne pouvant quantifier les soi-disant « influences » attribuées aux astres, ces dernières étant de nature qualitative. Au fond, l’imposition de l’héliocentrisme relève de cette même mentalité tournée vers la quantité : le Soleil étant le plus important en masse et vu la loi de gravitation, c’est autour de lui que tourne la Terre. Est ainsi abandonné tout ce que le géocentrisme, lui-même évidemment non absolu, comporte d’explications sur la signification de l’existence.
(1) Sur
cette question, voir : René Guénon, La
crise du monde moderne, Ed.
Folio, chapitre IV, Science sacrée et science
profane.
(2) Voir : René Guénon, Autorité spirituelle et pouvoir temporel, Guy Trédaniel Editeur. Retour au texte.
(3) Et ce sans tenir compte du mouvement relatif du Soleil par rapport aux autres étoiles des galaxies… Contrairement à ce qu’avançaient Copernic et Galilée, il n’est pas fixe… sauf à le prendre comme référentiel. Retour au texte.
(4) Sur ce sujet de la multiplicité des points de vue, voir : René Guénon, Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, Guy Trédaniel Editeur, Troisième Partie, Chapitre VIII, Les points de vue de la doctrine ; même auteur, L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, chapitre premier, Généralités sur le Vêdânta ; même auteur, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, Ed. Gallimard, coll. NRF, Chapitre XXX, Le renversement des symboles. Retour au texte.
(5) Nous trouvons ici un analogue terrestre du Zodiaque, roue ceinturant l’écliptique et où se déroulent les douze signes du Zodiaque, indiquant douze directions ayant chacune leur qualité propre. Retour au texte.
(6) Nous retrouvons ici un analogue de ce qu’est la trajectoire de révolution des planètes, non cercle parfait mais ellipse. Retour au texte.
(7) René Guénon, Symboles de la Science sacrée, Ed. Gallimard, coll. NRF, chapitre XXXII, Le Coeur et l’Oeuf du Monde. Retour au texte.
(8) De même, une figuration ancienne du signe du Lion, signe représentant le principe masculin, nous montre celui-ci comme un cercle dont le centre est marqué et dont sort une flagelle. L’ensemble évoque nettement la forme d’un spermatozoïde, pourtant inobservable sans microscope… L’analogie relie entre eux les aspects corporels et certains subtils. Retour au texte.
(9) Sur la notion de centre, voir : René Guénon, Symboles de la Science sacrée, Ed. Gallimard, coll. NRF, chapitre VIII, L’idée du Centre dans les traditions antiques. Retour au texte.
(10) Nous voyons quelque chose d’analogue dans la constitution de l’être humain s’agissant du Cœur. Voir : G. Audebrand et I. Ravier, La symbolisation du cœur en Astrologie traditionnelle. Retour au texte.
(11) C’est peut-être au fond ce que voulaient dire Copernic et Galilée. L’héliocentrisme facilite les calculs des mouvements des planètes, fort logiquement puisque c’est le Soleil qui les ordonne. Ceci n’empêche nullement d’étudier les positions des astres en prenant la Terre comme centre. Retour au texte.
(12) Le côté individuel relève traditionnellement du côté terrestre. Nous voyons ici se manifester le caractère enfermant de l’individualité. Un principe s’y imprime et la détermine, cette dernière formant un support pour la manifestation de cette essence. Voir : René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, Ed. Gallimard, coll. NRF, chapitre VI, Le principe d’individuation. Retour au texte.
(13) Voir : René Guénon, La Grande Triade, Ed. Gallimard, coll. NRF. Retour au texte.
(14) Voir : René Guénon, Le Symbolisme de la Croix, Guy Trédaniel Editeur ; même auteur, Les états multiples de l’être, même éditeur. Retour au texte.
(15) Il en va de même s’agissant du temps. Le présent constitue un moment central à partir duquel passé et futur se déterminent. Un individu ne quitte pas ce moment. Il se place constamment au centre du temps. Retour au texte.
(16) Relevons à ce sujet que, pour décrire l’espace environnant, nous parlons d’un point situé au nord de la personne, à l’est, au sud, etc. Pour cette vision particulière, on ne recourt pas à l’héliocentrisme. Retour au texte.
(17) Un des principaux traités concernant la médecine traditionnelle chinoise. Retour au texte.
(18) Voir : G. Audebrand et I Ravier, Astrologie traditionnelle, Principes de l’Astrologie, L’interprétation du thème, page 9 et pages 14 et suivantes. Retour au texte.
(19) Voir : René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, Ed. Gallimard, coll. NRF, chapitre IV, Quantité spatiale et espace qualifié. Retour au texte.