Ouranos


Lune

par G. Audebrand et I. Ravier


Soleil et Lune       

L’on entend fréquemment chez les tenants d’une astrologie moderne que l’astrologie serait symbolisée par la planète Uranus, dont le nom est la version latine du dieu grec Ouranos. Nous en retrouvons une expression relativement fréquente dans la désignation de l’astrologie comme étant « l’art d’Uranie ». Le problème se posant d’emblée, pour ceux se penchant sur l’astrologie traditionnelle, est qu’Uranus, planète située au-delà de Saturne et découverte officiellement en 1781, ne figure pas dans le Septénaire traditionnel, composé du Soleil, de la Lune, de Mercure, de Vénus, de Mars, de Jupiter et de Saturne. Ce Septénaire fournit la base de l’astrologie traditionnelle (1). Les Anciens n’ont évidemment pas attribué à un astre ne figurant pas dans leur objet d’étude la fonction de symbole d’un de leurs arts. Si le rapprochement entre Ouranos et l’astrologie existe, comme nous allons l’expliciter, en revanche, il convient d’exclure la relation entre la planète Uranus et l’astrologie traditionnelle.

Ouranos est le dieu grec du Ciel, ce qui indique d’emblée son lien avec l’astrologie. René Guénon indique une équivalence entre Ouranos et Varuna (2) l’une des divinités les plus importantes de la Tradition hindoue. Relevons le symbolisme phonétique commun à ces deux noms. René Guénon souligne que « la racine var ou vri, en sanscrit, a les sens de « couvrir », de « protéger » et de « cacher » » (3). Ces fonctions sont celles du ciel, « tant parce qu’il couvre la terre que parce qu’il représente les mondes supérieurs, cachés aux sens » (4). A cet égard, rappelons que les astres et le Zodiaque symbolisent conjointement certains principes (supérieurs à notre état d’existence) régissant notre monde, principes voilés dans notre état, mais révélés par la connaissance astrologique (5)

Les significations de couvrir, protéger et cacher sont à rattacher au signe du Capricorne, dernier signe de la branche solaire du Zodiaque (6). La spirale ascensionnelle employée pour figurer le signe (voir figure ci-dessous) exprime à sa manière ces différents sens. Ainsi, enveloppant la colonne centrale, la spirale protège et cache ce qu’il y a à l’intérieur. Les deux spires s’enchaînant montrent un changement d’état, fonction représentée par le Capricorne, dernier signe du Zodiaque (7). Le Capricorne représente l’achèvement d’un cycle, auquel succède immédiatement un cycle nouveau (8). Le lecteur intéressé par des développements conséquents sur la spirale ascensionnelle peut se reporter à l’ouvrage de René Guénon : Le Symbolisme de la Croix.

 Signe zodiacal du Capricorne

Le signe zodiacal du Capricorne.

 Il est à noter que la fonction de la Tradition est de préserver la Connaissance, comme le souligne cet auteur en traitant des centres spirituels (9). Une telle fonction indique les liens entre Tradition et signe du Capricorne. Le maître de ce signe est Saturne. L’autre signe régenté par cet astre, le Verseau, complète cette fonction de protection en symbolisant la transmission, ce qui se rapproche peut-être davantage de l’étymologie du mot Tradition, le latin tradere signifiant « transmettre ». La transmission de génération en génération et d’individu à individu constitue d’ailleurs un des moyens de préserver une connaissance (10). La fonction de conservation et de transmission de la connaissance appartient en propre à l’autorité spirituelle. L’astrologie y participe, en tant que science sacrée. Rappelons que le mouvement des astres n’influence pas, au sens propre du mot, les destinées humaines, mais ne font que l’exprimer. Comme le relève René Guénon, « les lois [du mouvement des astres] traduisent physiquement les principes métaphysiques dont elles dépendent ; et c’est là-dessus que reposait la véritable astrologie des anciens » (11).

          Varuna est associé à la pluie, représentant la descente des influences célestes sur la Terre, influence vivifiante (12). Nous retrouvons également ce symbolisme s’agissant d’Ouranos. Ce dernier fut en effet châtré par Cronos. Les gouttes de sang s’écoulant de la blessure sur la terre forment en effet un analogue de la pluie (13). Notons dans ce sens que ce sang fit naître les différents êtres. Nous retrouvons dans les deux cas analogues l’union du Ciel (à l’activité non agissante) et de la Terre (réceptive), union engendrant les multiples êtres. L’astrologie symbolise la pluie et le sang s’écoulant par le signe du Verseau, dont la graphie est très évocatrice (voir figure ci-dessous).

Signe zodiacal du Verseau
Le signe zodiacal du Verseau

           Ces dernières considérations nous ramènent à notre question de départ. L’astrologie traditionnelle ne saurait être figurée par la planète baptisée Uranus, mais bien par Saturne, maître du Capricorne et du Verseau. Pour saisir ceci, il faut bien comprendre que le Ciel entendu dans son sens supérieur (Ouranos) ne saurait être présent directement dans la manifestation. Si son activité non agissante engendre tous les êtres, il demeure « au-dessus » de notre état d’existence, vu son rôle de principe (14). En nous référant à la mythologie, nous constatons que Saturne est l’équivalent latin de Cronos, le fils d’Ouranos, rejeton qui châtra ce dernier. La relation filiale indique un rapport de principe à résultante dans la manifestation, ainsi que l’explicite René Guénon (15). Ceci peut être figuré de la manière suivante :

La relation entre principe et résultante
Le symbole de la Croix mettant en évidence le lien entre principe et résultante.

         La résultante symbolise son principe, fait apparaître celui-ci dans la manifestation. Situé hors de la manifestation formelle, le Ciel dans son sens supérieur doit revêtir une forme pour apparaître. Cette forme lui est donnée par Cronos. Ce dernier châtre Ouranos : toute naissance dans la manifestation, le monde de la dualité, voile l’Unité, sans la faire disparaître car tout reste compris en elle. Cette sensation de perte de l’Unité se voit dans la blessure occasionnée par Saturne. Le sang s’écoulant de la plaie donne vie à la manifestation, ce qui est finalement connexe de cette idée de naissance dans la manifestation et de « mort au principe ». Cronos n’est pas l’antagoniste véritable d’Ouranos, contrairement à ce que leur relation semblant agressive pourrait le laisser penser. Cronos et Ouranos sont reliés par un axe vertical, indiquant une relation immuable de subordination. Cronos ne fait que remplir son rôle sous la tutelle d’Ouranos : être l’agent permettant de le faire apparaître. L’astre physique Saturne n’est lui-même qu’une représentation de cet agent, de ce symbole du Ciel.

        Ainsi s’établit le lien entre l’astrologie traditionnelle et la planète Saturne, et non Uranus directement. Toujours en ce sens, il peut être intéressant de considérer que l’astre Uranus a été nommé tel non par des autorités traditionnelles, mais par des astronomes modernes. Or, le pouvoir de nommer les choses découle de la connaissance de leur nature profonde. Il ne suffit bien entendu pas de connaître la position, l’allure du mouvement et certaines propriétés uniquement corporelles d’un astre pour pouvoir le nommer, même si ces connaissances n’ont bien évidemment rien de méprisable en elles-mêmes. Dans la Bible, Adam (l’Homme primordial) a reçu de la divinité la connaissance de la nature de tous les êtres, ce qui lui a permis de le nommer correctement (16). Les scientifiques ayant donné à Uranus son nom ne se sont d’ailleurs pas posés ce genre de questions. La référence à la mythologie pour désigner les planètes est chez eux de pure forme, force revenant à l’habitude, à la coutume, héritées d’ailleurs de l’astrologie (17)... Nous pouvons ainsi douter de la correction de l’appellation retenue pour désigner la septième planète de notre système solaire.

    Il ne faudrait toutefois pas limiter la symbolisation de l’astrologie au seul Saturne. Etant une science cosmologique, pouvant servir à de support à des conceptions plus hautes, elle se rattache également à Mercure (Hermès), le messager des dieux, dont les deux signes sont les Gémeaux (le cycle) et la Vierge (l’ordre). Le cosmos est l’ordre, le cycle la grande loi régissant le temps et le mouvement des astres.


.................................


(1) Voir : G. Audebrand et I. Ravier, Astrologie traditionnelle, Principes de l’Astrologie, L’interprétation du thème, pages 27 et suivantes. Nous développerons la question du Septénaire dans un livre sur le symbolisme astrologique. Le lecteur peut également se reporter à : René Guénon, Symboles de la Science sacrée, éd. Gallimard, coll. NRF, chapitre XIV, La Tétraktys et le carré de quatre. Retourner au texte.

(2) René Guénon, Symboles de la Science sacrée, éd. Gallimard, coll. NRF, chapitre XXIV, Le Sanglier et l’Ourse, page 158. Retourner au texte.

(3) Ibid., page 159. Retourner au texte.

(4) Ibid., page 158. Retourner au texte.

(5) Voir : G. Audebrand et I. Ravier, Astrologie traditionnelle, Principes de l’Astrologie, L’interprétation du thèmeIntroduction générale. Soulignons que l’astrologie n’a évidemment pas l’exclusivité d’une telle révélation. Retourner au texte.

(6) Voir : G. Audebrand et I. Ravier, Les deux branches du Zodiaque (première partie). Retourner au texte.

(7) Le Capricorne se rattache symboliquement au solstice d’hiver où la lumière atteint sa décroissance maximale. Retourner au texte.

(8) Sur l’ensemble de ces questions, voir : G. Audebrand et I. Ravier, Les âges planétaires. Retourner au texte.

(9) René Guénon, Symboles de la Science sacrée, éd. Gallimard, coll. NRF, chapitre XXIV, Le Sanglier et l’Ourse, page 158. Retourner au texte.

(10) Voir : G. Audebrand et I. Ravier, Astrologie traditionnelle, Principes de l’Astrologie, L’interprétation du thème, pages 46 et suivantes ; mêmes auteurs, Le sens du graphisme des signes zodiacaux, pages 27 et 28. Retourner au texte.

(11) René Guénon, Autorité spirituelle et pouvoir temporel, Guy Trédaniel, éd. Véga, p. 22 et 23. Une présentation synthétique de l’analogie figure dans : René Guénon, Symboles de la Science sacrée, éd. Gallimard, coll. NRF, chapitre II, Le Verbe et le Symbole. Enfin, il existe sur ce site un article sur la loi d’analogie. Retourner au texte.

(12) Voir : René Guénon, Symboles de la Science sacrée, éd. Gallimard, coll. NRF, chapitre LX, La lumière et la pluie. Retourner au texte.

(13) Voir : René Guénon, même ouvrage, chapitre III, Le Sacré-Cœur et la légende du Saint Graal, page 24. L’auteur cite Louis Charbonneau-Lassay décrivant « un fer à hosties, du XIIe siècle, où l’on voit le sang des plaies du Crucifié tomber en gouttelettes qui se transforment en roses, et le vitrail du XIIIe siècle de la cathédrale d’Angers où le sang divin coulant en ruisseaux, s’épanouit aussi sous formes de roses ». Les fleurs forment un symbole du développement de la manifestation, ce qui est à rattacher à la production, à la conservation et à la destruction des multiples êtres (voir : René Guénon, même ouvrage, chapitre IX, Les fleurs symboliques). Retourner au texte.

(14) Voir : René Guénon, La Grande Triade, éd. Gallimard, coll. NRF. Retourner au texte.

(15) Ibid., chapitre II, Différents genres de ternaires. Retourner au texte.

(16) Genèse, II, 19-20. Retourner au texte.

(17) Ceci est de la superstition, au sens propre du terme. Le terme provient du latin superstire, signifiant « ce qui subsiste (après la bataille), ce qui perdure » (latin superstes, -itis). Au sens exact, une superstition est une idée, une pratique demeurant en vigueur après qu’on en ait perdu le sens (la bataille est un événement destructif où des pertes surviennent). Retourner au texte.