La domification selon Porphyre


Lune

par G. Audebrand et I. Ravier


Soleil et Lune       
 

    Une des difficultés concernant l’astrologie occidentale se retrouve dans le choix du mode de domification. La domification est l’opération consistant à fixer la position des douze maisons (latin domus) dans un thème (1). Les maisons sont un découpage du ciel vu depuis le lieu terrestre d’observation. Ainsi, la pointe (ou cuspide) de la maison I, nommé Ascendant, désigne le point du Zodiaque se levant (à l’est) de ce lieu. Lorsque le Soleil se trouve à proximité de cet Ascendant, il se lève. Cet Ascendant placé, reste à disposer les autres pointes des maisons. C’est notamment ici que le bât blesse…

    De multiples méthodes de domification circulent actuellement en occident (2). Certaines entendent se prévaloir d’une certaine ancienneté, comme celles dites selon Placide (XVIIè siècle) et selon Regiomontanus (XVè siècle). D’autres sont d’apparition toute récente, comme celle de Koch (années 1960), utilisée surtout dans les pays germaniques. La méthode Placidus rallie apparemment la majorité des suffrages. Comme la plupart des méthodes employées, celle-ci prend comme base le placement des quatre angles du thème (les maisons I, IV, VII et X) de la façon suivante :


    Ces quatre angles forment les « piliers » de la domification. Ils correspondent aux signes cardinaux du Zodiaque (Bélier (I), Capricorne (X), Balance (VII) et Cancer (IV)). Rappelons que ces signes occupent une position centrale. Littré indique en effet que cardinal vient de cardinalis, signifiant principal, lui-même dérivé de cardo, signifiant « gond », ce sur quoi la chose tourne. Nous retrouvons ici ce caractère fondamental des principes, orchestrant le mouvement à partir de leur position de pivot. Analogiquement, les quatre maisons précitées occupent un rôle comparable dans leur ordre, pouvant jouer par exemple dans la détermination des dominantes d’un thème (3).

    Ces quatre angles placés reste à déterminer le positionnement des pointes des huit maisons  intermédiaires. Entre deux angles deux pointes sont à placer. Sur ce point les méthodes divergent. Il ne s’agit pas ici de reprendre l’intégralité des méthodes existantes, mais d’en présenter une qui a été plutôt négligée, malgré son intérêt traditionnel. Il s’agit de la domification dite selon Porphyre.

    Cette domification place les quatre angles comme les précédentes. On tient compte de l'observation directe du ciel. Il est donc possible de recourir aux tables des maisons éditées pour la domification selon Placidus, par exemple, ces tables étant les plus simples à se procurer, comme nous le verrons ci-après... Quant aux secteurs intermédiaires, ils sont de même taille à l’intérieur d’un même quadrant (voir la carte d’exemple ci-dessous). Dans la domification placidienne, les secteurs intermédiaires sont « taillés » de sorte que les astres mettent le même laps de temps à les traverser chacun. La domification placidienne est ainsi basée davantage sur le temps, tandis que celle selon Porphyre est plus basée sur l’espace. Or, il peut être intéressant de noter que, d’une part, la domification a une nature terrestre (4) et que, selon la Tradition, l’espace a une nature relativement terrestre par rapport au temps, céleste (5). Soulignons qu’il apparaît cohérent d’employer une méthode de domification davantage basée sur l’espace que sur le temps, vu la nature des maisons (6). Il s’agit d’adapter la méthode à son objet…


Carte du ciel de Jacques Mesrine selon la domification Porphyre

CARTE DU CIEL DE JACQUES MESRINE DOMIFIEE SELON PORPHYRE
Natif : 26 décembre 1936, 16h35, Clichy
Note : la carte présentée est simplifiée, ne comportant que les maisons et les planètes

    Voici ci-dessous la carte du même natif, mais domifiée selon Placidus :

Carte du ciel de Jacques Mesrine selon la domification Placidus

CARTE DU CIEL DE JACQUES MESRINE DOMIFIEE SELON PLACIDUS
Natif : 26 décembre 1936, 16h35, Clichy
Note : la carte présentée est simplifiée, ne comportant que les maisons et les planètes

    Puisque nous comparons les domifications Placidus et Porphyre, insistons sur le fait que la première méthode a été élaborée au XVIIè siècle. Or, la Renaissance est une période de profonde décadence et de retrait de la Tradition (7). Ceci invite à la plus grande prudence vis-à-vis de tout ce qui provient de cette époque. Traditionnel ne signifie pas ancien et l’ancienneté de quelque chose ne constitue aucunement un gage de son caractère traditionnel. Concernant l’astrologie, Jean Reyor écrivait ainsi : « il est digne de remarque […] que les ouvrages d’astrologie connus des occidentaux modernes viennent de deux époques de décadence traditionnelle : la dernière période de la tradition gréco-latine et la Renaissance. N’y a-t-il pas là de quoi donner à réfléchir aux astrologues qui […] ne se contentent pas d’appliquer tant bien que mal des « recettes » plus ou moins contestables ? » (8). Autre point intéressant, M. Luc Audy signale que la méthode placidienne s’est imposée, non pour son assise doctrinale, mais… parce qu’elle fut la première et longtemps la seule a être imprimée et publiée (9) ! Ce même auteur affirme que Porphyre appartenait à l’Ecole d’Alexandrie, dépositaire des connaissances traditionnelles de l’Egypte (10).

    Soulignons que les domifications dites selon Porphyre ou Placidus aboutissent dans de nombreux cas à une répartition identique des planètes en maison. Or, en définitive, cette répartition constitue le point essentiel de la domification. Ces thèmes de concordance peuvent ainsi mener à des interprétations comparables. Dans d’autres cas, il existe de subtiles variations obtenues selon les méthodes, variations pouvant changer dans de grandes proportions l’aspect général de la figure. Dans le thème d’exemple présenté, celui de Jacques Mesrine, seule Vénus est placée différemment pour l’heure de naissance donnée. La domification placidienne la localise en maison IX, la porphyrienne en maison VIII (11).

    L’assise principale de la domification selon Porphyre est, comme nous l’avons vu, la nature terrestre des maisons, nature invitant à considérer les éléments de nature plus spatiale que temporelle. Cette domification comporte de surcroît une propriété géométrique intéressante. En considérant les angles du thème, on observe une symétrie de degrés dans les maisons situées de part et d'autre de ces points du thème. Dans la carte de Mesrine, la cuspide de la maison X (MC : Milieu de Ciel) se situe à 16° 58’ du signe des Poissons. Les deux maisons adjacentes à la X sont la XI et la IX. La pointe XI est à 26° 23’ du Bélier et celle de la IX à 26° 23’ du Verseau. Si nous prenons les maisons encore adjacentes à celles-là, nous trouvons la maison VIII à 5°47'  du Verseau et la maison symétrique de celle-ci, la XII, à 5°47' des Gémeaux. Chacun des quatre angles du thème se situe au centre d'une telle parenté numérique entre degrés. Nous retrouvons ici le rôle central des maisons angulaires, des maisons analogues aux signes cardinaux. La parenté numérique des maisons situées de part et d'autre des angles symbolise ce rôle (il s’agit d’une sorte, mais seulement d’une sorte car imparfaite, de symétrie centrale). L’attribution du rôle central aux maisons angulaires et aux signes cardinaux comporte bien entendu des conséquences pratiques dans l’appréhension de ces signes et de l’organisation du Zodiaque. Nous seront amenés à les développer. Le lecteur intéressé par ce symbolisme pourra se reporter à l’article de René Guénon : Le Zodiaque et les points cardinaux (12). Autre piste pour ceux qui souhaiteraient s’exercer à l’étude de thèmes, le site d’Astrodienst comporte une fonctionnalité où des cartes du ciel peuvent être tracées selon la méthode Porphyre.

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(1) Les douze maisons sont en analogie avec les douze signes du Zodiaque. Retourner au texte.

(2) En Astrologie hindoue, la domification se réalise différemment, et de manière évidemment très intéressante symboliquement. Retourner au texte.

(3) Voir : G. Audebrand et I. Ravier, Astrologie traditionnelle, Principes de l’Astrologie, L’interprétation du thème, pages 57 et 58. Retourner au texte.

(4) Ibid., page 61. Retourner au texte.

(5) Voir à ce sujet : René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, éditions Gallimard, coll. NRF, chapitres IV et V. Retourner au texte.

(6) La position des planètes en signes et degrés est identique pour toute la Terre à un moment donné : elle est donc plus strictement liée au temps qu’à l’espace. La position des maisons, au contraire, varie selon le lieu où l’on se trouve à la surface du globe : ainsi se manifeste sa nature relativement plus terrestre que céleste. Rappelons que le monde est lui-même un vaste symbole et que son observation à partir des principes sert à la compréhension. Retourner au texte.

(7) Sur ces sujets, voir : René Guénon, La crise du monde moderne, éditions Folio, pages 33 et suivantes ; même auteur, Introduction Générale à l’Etude des Doctrines Hindoues, Guy Trédaniel Editeur, chapitre II. Retourner au texte.

(8) Jean Reyor, Etudes et Recherches traditionnelles, Ed. Traditionnelles, « Astra inclinant non necessitant », pages 284 et suivantes. Retourner au texte.

(9) Luc Audy, Astrologie traditionnelle et symbolique, Ed. La Maison de Vie, page 69. Retourner au texte.

(10) Ibid. Retourner au texte.

(11) Si le placement en VIII (destruction, agressivité) apparaît bien plus cohérent que celui en IX (voie) au regard de la vie de ce natif, insistons sur le fait que cet exemple ne permet en rien d’affirmer que la domification selon Porphyre est exacte et celle selon Placide impropre. En effet, d’une part, la rectification de l’heure de naissance est à effectuer avant d’interpréter complètement la carte : on pourrait ainsi rectifier l’heure de naissance avec une domification Placidus pour que Vénus soit en VIII. D’autre part, un exemple donné peut illustrer des théories différentes et ne prouve rien par lui-même. Nous fournissons les deux tracés à simple titre d’illustration des méthodes de domification. Retourner au texte.

(12) In Symboles de la Science sacrée, éd. Gallimard, coll. NRF, chapitre XIII. Retourner au texte.