Le cœur
était représenté dans
l’écriture hiéroglyphique
égyptienne par un vase. Louis
Charbonneau-Lassay souligne à cet égard que « le cœur de
l’homme n’est-il pas en
effet le vase où
sa vie s’élabore continuellement avec son
sang ? »
(3).
Dans l'écriture primitive chinoise, le coeur est représenté analogiquement de la sorte :
Représentation du coeur dans l'écriture primitive chinoise
Le vase est un symbole lunaire, Cancer, car le propre d’un
vase est
d’accueillir, de contenir. Le croissant lunaire, en analogie
avec le
signe du
Cancer, évoque l’idée d’un
réceptacle. Ceci laisse
songer que l’organe
physiologique se trouve représentée par la
triplicité Lune/Cancer/maison IV.
Poursuivons.
René Guénon
indique
que, traditionnellement, vase et coupe recouvrent le même
symbolisme. Les
objets entretiennent en effet une parenté
étroite. A la
coupe est associé un
autre symbole : le triangle renversé, pointe
dirigée
vers le bas. Cette
forme représente schématiquement une coupe
(4).
Le triangle renversé n’est pas un symbole
satanique comme trop
d’occultistes
l’ont soutenu. Tout symbole comporte en lui une
multiplicité de
sens, tous
reliés par un principe commun. Conformément
à la
dualité de la manifestation,
ces diverses significations sont produites par la polarisation de ce
principe,
d’où l’apparence de sens contradictoires
dans un même
symbole. Le satanisme
consiste seulement à renverser le sens de celui-ci, en rompant
son unité et, la plupart du temps, en en modifiant la
hiérarchisation des significations
(5).
S’agissant du triangle renversé, René
Guénon
souligne que ce symbole « se
rencontre […] dans certains
yantras ou
symboles
géométriques de l’Inde.
[…] ce qui est très remarquable à
notre point de vue,
c’est que la même figure
est également un symbole du cœur, dont elle
reproduit d’ailleurs
la forme en la
simplifiant ; le « triangle du
cœur » est
une expression
courante dans les traditions orientales. » Ce
symbole
était également employé
par les hermétistes chrétiens du
Moyen-Âge. Comme
la coupe, le cœur recueille
le sang.
Selon la Tradition,
« un autre
symbole qui équivaut fréquemment à
celui de la
coupe, c’est un symbole
floral : la fleur, en effet,
n’évoque-t-elle pas par sa
forme l’idée d’un « réceptacle », et ne
parle-t-on pas du
« calice » d’une
fleur ? » , comme le note René Guénon
(6).
La
fleur évoque le déploiement des
possibilités
à partir d’un centre, d’un principe
(7).
La notion de réceptacle est lunaire. La fleur symbolique
chrétienne est la
rose. Elle figure dans certains symboles comme vivifiée par
le
sang qu’elle
reçoit, le sang du Christ. Nous retrouvons encore une
parenté étroite entre la
Lune et le cœur, organe physiologique.
René
Guénon conclut sur ce
point par
une notation nous intéressant tout
particulièrement
ici : « Il y a
encore au moins un autre équivalent symbolique de la
coupe : c’est le
croissant lunaire »
(8).
Nous en avons vu les raisons plus haut. La boucle est
bouclée.
Etudions à présent
la représentation graphique du Cancer.
:
Le signe zodiacal du Cancer
Ce symbole nous montre deux
éléments
symétriques, correspondant aux deux ensembles
ventricule/oreillette constituant
l’organe. L’enroulement des deux branches de
l’hiéroglyphe du
Cancer s’effectue
en sens inverse l’une de l’autre,
évoquant le double mouvement
circulatoire
autour du cœur (diastole et la systole)
(9).
Les deux queues sortant du cercle évoquent les
artères et
veines naissant et
sortant du cœur. Il serait curieux d’attribuer au
Soleil, qui est le
centre, le
point sans dimensions, un organe comme le cœur. Au contraire,
le signe
du
Cancer représente adéquatement l’organe
corporel
cardiaque. De plus, notons que
le cœur relève du système
végétatif
(« autonome »
(10)).
Ce système fonctionne passivement, ce qui est proprement
lunaire. Les problèmes
cardiaques entraînent des troubles importants de
santé
à travers tout le corps,
ce qui correspond à la situation du Cancer comme un des deux
principes du
Zodiaque
(11).
Symbole astrologique du Soleil
Ceci ne signifie pas pour
autant que
le Cancer se réduise à un aspect corporel. Toute
la
manifestation corporelle procède
de la manifestation subtile. Le cœur physiologique correspond
analogiquement
aux fonctions subtiles décrites par le Cancer
(12).
Puisque le cœur
est figuré par la Lune
et ses apparentés, que symbolise alors le Soleil ?
Sa
représentation (un point au centre d'un cercle) désigne
le centre,
ordonnant
tout autour de lui,
irradiant. Le point, par essence, est sans dimensions. On ne peut le
saisir. Le
Soleil ne saurait représenter ainsi des organes volumineux.
Il
symbolise ainsi corporellement,
d’une part, le centre de
l’individualité, le séjour vital
de l’être humain
(13),
et, d’autre part, le
« centre » de chaque organe.
Dans ce dernier
sens, il s’agit de centres secondaires par rapport au centre
principal
(14).
Ce dernier, comme nous l’avons vu en début
d’article, correspond
au centre, au
cœur de l’individualité
(jîvâtmâ dans la
Tradition hindoue), point de contact
avec le Divin
(15).
Nous
pouvons également attribuer au Soleil les plexus
(16)
et les centres subtils de l’être. Cette question
est assez vaste.
Nous
proposons de la traiter sur un point, lié à la
médecine traditionnelle chinoise,
ce afin de faire sentir le symbolisme solaire à
l’œuvre.
Notre corps a nécessairement
besoin d’énergie pour
fonctionner correctement et cette dernière doit
être
adéquatement distribuée
dans le corps. Si la circulation de l’énergie
cesse, notre
organisme meurt. La
médecine chinoise base toute sa science sur
l’observation et la
correction de
l’état énergétique du corps
humain. Il nomme
l’énergie circulant dans notre
corps, le Chi (ou Qi). Globalement, le Chi est
l’énergie qui
emplit l’univers.
Le Chi ne se résume pas à un aspect sensible,
mais
revêt également une forme
subtile, la manifestation corporelle n’étant
qu’un symbole de la
manifestation
subtile. Le Chi circule dans notre corps au moyen de canaux subtils,
encore
nommés méridiens. Il existe 5 types de
Chi : le Chi
des organes
(fonctionnement des organes), le Chi des méridiens
(responsable
du transport et
du mouvement dans les 12 méridiens), le Chi nourricier
(création et
transformation du sang), le Chi gardien ou protecteur des agressions
extérieures (circulant en dehors des méridiens et
des
organes, réchauffant les
organes, humidifiant et protégeant la peau et les
phanères) et le Chi
ancestral. Nous allons nous arrêter sur ce dernier car il
concerne le sujet
traité ici. Le Chi ancestral réside en effet dans
la
poitrine, au centre du
plexus solaire. Le Chi partant de ce point (encore appelé
Shanzhong) peut descendre
vers l’abdomen ou remonter vers la gorge (mouvement yang ou
yin). Il a
la
responsabilité de la respiration, de la parole et surtout il
régule les
battements cardiaques. Il correspond également au Dan Tian
moyen. Les Dan Tian
(« champs de
l’élixir ») sont au nombre de
trois et
représentent
tous les
endroits du corps
humains capables de générer et stocker le Chi,
d’où leur nom
(17).
Ils sont en analogie avec le rapport Ciel (Dan Tian supérieur,
sur
le front entre
les deux yeux), Homme (Dan Tian moyen,
l’intermédiaire, le
centre au confluent
des influences du Ciel et de la Terre) et Terre (Dan Tian
inférieur sous le
nombril). Ces Dan Tian sont apparentés au
Soleil, dérivent en quelque sorte de lui
(18).
Représentation des trois Dan Tian sur le corps humain
Le Dan Tian moyen, centre du
plexus
solaire,
représente aussi le cœur subtil,
représenté comme
tout centre par un point.
L’organe cardiaque est mu, activé par le Chi
émis par ce
point. Nous trouvons
ici le symbolisme solaire : un point concentrant en lui et
irradiant,
influençant autour de lui.
A présent que
nous avons vu les
attributions respectives du Soleil et de la Lune, envisageons les
rapports
entre ces deux symboles. Notons en premier lieu que le Lion et le
Cancer,
signes auxquels ces astres correspondent, se situent en haut du
Zodiaque, au
rang de principes
(19).
Contrairement aux autres signes qui s’apparient par un
maître
commun
(20),
le Lion et le Cancer sont régis par deux astres
différents. En considération de
leur position, ceci signifie que Soleil et Lune forment un couple. Tout
couple
étant la polarisation d’un principe commun, le
Soleil et la Lune
expriment les
deux visages d’un principe. La Lune est le pôle
féminin,
le Soleil le pôle
masculin
(21).
Transposons
analogiquement ces données au Cœur. Ce dernier
symbolise le
centre de
l’individualité. Ce centre se polarise entre
féminin et
masculin. Le premier est
représenté par le Cancer (corporellement, le
cœur,
subtilement les fonctions de
réceptivité), le second par le Lion
(corporellement les
centres de l’être que
nous avons vu, subtilement l’influence, le centre irradiant
de
l’être, le cœur
psychique). La notion de Cœur synthétise ces deux
pôles,
mais échappe à ce qui
est exprimé distinctement dans une carte du ciel. Pour le
retrouver, il faut
synthétiser la combinaison soli-lunaire d’un
thème.
On pourrait être
étonné,
vu la
fonction centrale du Cœur, que la Tradition distingue deux
cœurs et que
par
conséquent le Soleil ne le représente pas
directement.
Toutefois, tout
complémentarisme, comme c’est le cas ici, se
résout dans
l’unité dont les deux
termes procèdent. Tout ce qui se manifeste entre dans le
domaine
de la dualité.
Il apparaît par conséquent cohérent de
retrouver
deux cœurs, les deux pôles du
Cœur.
La figuration du centre de
l’être
par le cœur,
organe corporel, peut également sembler étrange
dans la
mesure où nous avons vu
que le Soleil représente ce centre de manière
plus
adéquate et que
corporellement il correspond à un point situé
à la
droite de la poitrine.
Cependant, rappelons que le propre du symbolisme est de fournir une
image, un
reflet des réalités supérieures. Or,
la Lune
symbolise justement le reflet. Dès
lors, le cœur-organe corporel peut symboliser effectivement
le centre
de l’être
(le Soleil) tout comme l’astre lunaire reflète la
lumière
de l’astre solaire.
Ainsi, il n’y a pas de contradiction. Nous trouvons un
analogue de ceci
dans le
Dan Tian moyen (solaire), point irradiant et influençant un
organe qui le
reflète : le cœur physiologique
(lunaire). Ce cœur peut
être alors pris
comme symbole du Dan Tian moyen.
Certains symboles associent
étroitement les représentations des deux
cœurs. Ainsi, il
existe une figure
dans laquelle le cœur (solaire) est inscrit à
l’intérieur
d’un triangle tourné
la pointe vers le bas (le cœur lunaire). Ici, nous trouvons
le principe
se
logeant au centre. Ce symbole évoque celui de
l’Androgyne
primordial, équilibré
sous tous les rapports, unissant le masculin et le féminin.
Une
représentation
analogue est exposée dans les mythes arthuriens, dans celui
de
la quête du
Graal (la coupe, le vase ayant recueilli le sang du Christ sur la
Croix). Les
chevaliers de la Table Ronde partent en quête de ce Saint
Graal
pour venir le
replacer au centre de la Table. Cette dernière accueille
douze
chevaliers,
nombre analogue à celui des signes du Zodiaque ou
à celui
des méridiens. Elle
correspond au Zodiaque lui-même. L’union du
masculin et du
féminin se réalise
ainsi au centre, comme nous l’avons vu
précédemment. Ce
mythe illustre la
Réalisation spirituelle où il s’agit de
replacer
l’être au Centre de son état,
point permettant de renouer avec le Principe.
Concluons cet article par
quelques
considérations
pratiques. Les attributs respectifs du Soleil et de la Lune ont une
grande
importance en Astrologie médicale, mais aussi pour
déterminer certaines
professions. A ce titre, nous invitons à scruter le
thème
de Christian Barnard (né
le 8 novembre 1922, à 20 heures, à Beaufort en
Afrique du
sud), un des
pionniers (contesté à propos) de la greffe de
cœur. La
position de la Lune en
maison II en Cancer paraît significative de ce genre de
greffes :
association du symbole du cœur
« physique » et de
la II, maison de
l’attachement. Greffer, c’est attacher un nouveau
cœur… La Lune s’y
situe sur
un degré Scorpion, indiquant crises, destruction. Ce
degré désigne les cœurs
des morts, les organes détachés de leur corps
originel
pour être transplantés. En
Astrologie médicale, la lésion du Soleil, quant
à
elle, indique des problèmes
touchant un ou des centres de l’individu. Nous pouvons lui
attribuer
certaines
dépressions nerveuses par exemple. Le Soleil, par sa
position,
nous signale
également certaines facultés subtiles de
l’être
dont nous étudions le thème. Il
s’agit néanmoins d’un sujet trop vaste
pour les dimensions de
cet article, ne
se voulant qu’une présentation de certaines bases
en la
matière.