A
la cathédrale Notre-Dame de Paris, sur le portail de la Vierge,
un Zodiaque distribue ses signes de manière à figurer un
échange hiérogamique
(1).
Cet échange se réalise entre les principes masculins et
féminins et concerne leurs attributs respectifs. La Tradition
chinoise symbolise ceci par l’échange des emblèmes
terrestre et céleste (équerre et compas respectivement)
entre Fo-Hi (principe masculin) et Niou-Koua (principe féminin).
Le Zodiaque de Notre-Dame l’exprime en plaçant les signes
inclus dans la branche Cancer (principe féminin, la Terre) sous
celui du Lion (principe masculin, le Ciel) et inversement. La
disposition des signes zodiacaux s’effectue donc ici en deux
colonnes telles que :
Pour saisir la signification de
cette compénétration de signes, il convient de rappeler
en premier lieu que principe masculin et principe féminin ne
peuvent s’envisager que corrélativement, dans la mesure
où ils ne sont qu’une polarisation de
l’Unité, comme l’illustre le Tai Qi (figure
ci-dessous). Cette compréhension fait
l’indissolubilité du lien entre Ciel et Terre.
LE TAI QI
Le principe masculin est clair,
intérieur, actif, émetteur, analogue du yang
extrême oriental et de l’essence dans la terminologie
occidentale. Le principe féminin est sombre, extérieur,
passif, récepteur, analogue du yin extrême oriental et de
la substance dans la terminologie occidentale. Les deux interagissent
pour engendrer la manifestation et prennent successivement la
prépondérance l’un sur l’autre, en un
mouvement cyclique
(2). Lorsque
l’un décroît, l’autre croît à
raison. D’un côté, l’essence active la
potentialité de la substance, laquelle sert alors de
réceptacle se conformant à cette activité. De
l’autre, la substance, sombre et passive, inhibe le yang en lui
donnant une forme de plus en plus fixée, arrêtée.
La composition intérieure du Zodiaque occidental
(3) nous montre ces diverses modifications de la substance (le yin) et de l’essence (yang) :
ORDRE
INTERIEUR DE SUCCESSION DES SIGNES ZODIACAUX
En nous reportant au Zodiaque de
Notre-Dame, nous nous apercevons que les deux colonnes de signes
montrent, à gauche, le principe masculin (Lion) tel qu’il
apparaît successivement en modifiant la substance et, à
droite, le principe féminin et sa manière graduelle
d’inhiber, d’enfermer l’essence en en limitant
progressivement les possibilités. Nous retrouvons ceci dans le
diagramme de Fo-Hi et de Niou-Koua, évoqué dans la
première partie de cet article. Leur échange
d’outils (le compas et l’équerre) symbolise que
chacun de ces principes anime l’instrument de l’autre en y
« ajoutant » sa propre nature, complémentaire donc
de celle de l’instrument. De leur rencontre naît tel ou tel
élément manifesté.
Nous ne reviendrons pas ici sur toutes les étapes de ces
modifications. S’agissant de notre sujet, nous
l’illustrerons pour chacun des deux principes afin de
préciser la signification de l’échange
hiérogamique et d’en voir l’application dans le
Zodiaque.
La branche sous le Lion telle que figurée dans le Zodiaque de
Notre-Dame montre le principe masculin dans son activité
progressive sur la substance. Il s’agira pour lui,
conformément à ce qu’il symbolise, de regrouper
autour d’une unité la dualité inhérente
à la substance et de la coordonner. Les diverses
possibilités du principe masculin y sont perçues
indirectement, par reflet, via la réaction du principe
féminin, comme l’on observe le vent par le feuillage
qu’il agite. Le premier signe sous le Lion est ici les
Gémeaux. La dualité
d’opposés/complémentaires que ces derniers
représentent s’effectue autour d’un centre,
situé symboliquement au milieu de l’axe joignant les deux
extrêmes
(4). Analogiquement,
le mouvement cyclique (Gémeaux) se déroule autour
d’un centre et ses variations (montée/descente, jour/nuit)
correspondent à la dualité sus évoquée,
comme l’illustre le symbole ci-dessous. Le centre ne se situe pas
sur la trajectoire parcourue, pas plus qu’il ne se trouve pris
dans l’opposition entre termes complémentaires. Seuls ces
facteurs extérieurs rendent compte de la présence du
centre en tant que tel.
Symbolisation des rapports entre dualité de
complémentaires et mouvement cyclique, tous deux
réalisé autour d’un centre. Ce diagramme correspond
aux valeurs Gémeaux.
De ce principe est tiré par exemple le mouvement
ellipsoïdal des objets célestes se groupant en orbite
autour du Soleil : ces ellipses
(5) le désigne comme foyer
central, le font apparaître tel. Le mouvement autour du Soleil
est considéré traditionnellement comme une
réaction du milieu à sa présence, ce qui est une
autre forme pour exprimer l’échange hiérogamique.
Cette dualisation et ce mouvement cyclique posent une seconde
modification, consistant dans un attachement, analogue de
l’attraction entre les deux genres ou de la force de gravitation
retenant les planètes dans leur orbite
(6). Cette attraction est
symbolisée par le signe sous celui des Gémeaux : le
Taureau. Elle rend à son tour compte de la présence
d’une unité, d’un centre, tout se liant à lui
et en fonction de lui. Nous pouvons ainsi continuer jusqu’au
Verseau où la substance devient des plus volatiles et
s’échappe. Ce qui a été reçu (Cancer)
est finalement remis à d’autres,
s’extériorise le plus (Verseau).
Inversement, la branche sous le Cancer telle que figurée dans le
Zodiaque de Notre-Dame montre le principe féminin dans son
rôle inhibiteur du principe masculin, enveloppant celui-ci
progressivement de sorte à en restreindre les
possibilités, à les fixer pour que la manifestation se
produise. Se faisant, l’essence n’en perd pas pour autant
son rôle actif. Il continue de modeler la substance, mais avec
des possibilités moindres. En premier lieu, le principe
féminin vient enfermer l’unité en une organisation
tripartite (la Vierge, dont le graphisme est évocateur (voir
figure infra)). Nous en voyons un exemple dans la composition du corps
humain selon trois centres (un sous le nombril, un au niveau de la
poitrine et un entre les deux yeux, correspondant à des centres
subtils
(7)) et selon trois « étages » : les parties
inférieure et médiane et la tête. Il est
intéressant de noter que la substance propre à notre
monde, par analogie avec la Substance primordiale, comporte en elle
trois propriétés (nommées gunas dans la Tradition
hindoue) : la tendance ascendante, la tendance expansive (à
l’horizontale) et la tendance descendante
(8). L’essence
modifie ces trois tendances pour que la manifestation se produise. Elle
vient ainsi s’y enfermer sous cette triple contrainte, ce que
retrace la théorie de l’échange
hiérogamique. Un principe vient toujours se réduire dans
la manifestation en un ensemble hiérarchisé, ayant pour
fonction d’orchestrer le mouvement.
SIGNE DE LA VIERGE
Si nous descendons encore
d’un degré, nous voyons que l’organisation
tripartite se trouve à son tour enfermée dans un rapport
Terre – Ciel que figure le signe de la Balance. La face
inférieure, terrestre, est plate (carrée), la face
supérieure est bombée, évoquant le ciel couvrant
la terre. Nous passons ici du nombre 3 (Vierge) au nombre 2 (Balance).
Dans la numération traditionnelle, le 2 représente la
Terre et le 3 le Ciel. Dans le passage de la Vierge à la
Balance, nous trouvons ainsi le mouvement descendant,
l’inhibition de l’essence par la substance.
SIGNE DE LA BALANCE
Ce rapport Terre-Ciel rend compte
de manière plus réduite de l’organisation, sous la
forme de lois lui étant propres, par conséquent de modes
de rééquilibrage constants destinés à
ramener vers le centre, vers le point d’équilibre (le Lion
dont nous étions partis) mais de manière divisée,
par contradiction ou plutôt complémentarité :
refroidir quand il fait chaud, réchauffer quand il fait froid,
élever ce qui est bas, abaisser ce qui est élevé,
etc. Le principe exprimé par le Lion ne sert plus ici que de
point de référence « extérieur » pour
déterminer une action correctrice. Il est en train de descendre,
ceci étant également symbolisé par la graphie de
la Balance : un Soleil se couchant.
De proche en proche, le principe masculin achève sa descente. Le
Capricorne, achevant l’inhibition de l’essence par la
substance, désigne cette essence « ternie ». La
fermeté intérieure est devenue rigidité. Nous y
assistons à l’enfermement dans une individualité de
ce qui la dépassait initialement. Le yang, l’essence, ne
joue plus que dans un périmètre réduit, dans une
« peau ». Cet enfermement le dissimule tout en rendant
compte de sa présence. Au fond, il s’agit toujours de la
loi du symbolisme : les formes voilent mais en cela expriment les
réalités supérieures.
...............................
(1) Voir : G. Audebrand et I. Ravier,
Une figuration du Zodiaque sur la Cathédrale de Notre-Dame de Paris (première partie).
Retour
au texte.
(2) Nous en avons des illustrations dans le cycle d’une journée, dans celui
d’une saison, dans celui d’une vie, dans celui d’un monde.
Retour
au texte.
(3) Voir : G. Audebrand et I. Ravier,
Les deux branches du Zodiaque (première partie).
Retour au texte.
(4) Voir sur ce sujet : René Guénon,
Le Symbolisme de la Croix, Guy Trédaniel éditeur, chapitre VII,
La résolution des oppositions.
Retour au texte.
(5) Le caractère non strictement circulaire des orbites est
lié au caractère imparfait de la manifestation, tendant
à tout rendre sous forme duelle (l’ellipse est
tirée du cercle en dédoublant son centre).
Retour au texte.
(6) On pourrait s’étonner de ce que c’est le
mouvement cyclique qui amène la force de gravitation et non
l’inverse comme le prône aujourd’hui la science
moderne. Néanmoins, l’attraction, force de nature moins
subtile (au sens traditionnel du terme) que la forme cyclique,
n’est qu’un moyen de réaliser ce mouvement qui forme
le véritable principe de celle-ci. Pour mieux le saisir,
rappelons-nous que c’est la dualité des sexes et la
possibilité de leurs échanges (analogue des
Gémeaux) qui fait l’attraction (Taureau) entre eux et non
l’inverse.
Retour au texte.
(7)
Cet enchaînement entre Lion et Vierge se retrouve
s’agissant de la symbolisation du cœur dans la Tradition. Les trois Dan Tian
(« champs de cinabre » : inférieur, médian et supérieur)
résultent d’une division analogue du centre, du cœur de l’individualité.
Voir : G. Audebrand et I. Ravier, La symbolisation du cœur en
astrologie traditionnelle. Retour au texte.
(8) Voir : René Guénon,
Le Symbolisme de la Croix, Guy
Trédaniel éditeur, chapitre V,
Théorie hindoue des
trois gunas.
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