Sur le
portail de la Vierge de la Cathédrale de Notre-Dame de Paris
(façade ouest) se
trouve
représenté un Zodiaque pouvant paraître
quelque peu
étrange. Ci-dessous figure une photographie de celui-ci. Il
s'agit d'une vue générale où l'on
distingue les
signes de part et d'autre des vantaux.
VUE GENERALE DU PORTAIL NORD
Voici à présent
deux plans plus resserrés :
COTE GAUCHE
 |
COTE DROIT
 |
Sur le côté gauche,
nous retrouvons
dans un sens descendant les signes du Lion, des Gémeaux, du
Taureau, du Bélier, des Poissons et du Verseau (ces deux
derniers signes échappent au plan resserré
présenté). Sur le côté droit
se trouvent
représentés, toujours dans un sens descendant,
les signes
du Cancer (anciennement
nommé l'Ecrevisse, ce qui figure effectivement sur le
monument),
de la Vierge, de la Balance, du Scorpion, du Sagittaire et du
Capricorne (ces deux derniers signes échappent au plan
resserré présenté).
Cet ordre de présentation peut paraître
surprenant. Si
nous nous reportons à la Roue zodiacale, l'ordre de
succession
des signes au cours de l'année (voir figure
ci-dessous) ne
fournit aucune explication sur la séquence
proposée
(1).
L'ORDRE DE SUCCESSION
ANNUEL DES SIGNES DU ZODIAQUE
(DU BELIER AUX POISSONS)
En revanche, si nous nous reportons
à
l'ordre
intérieur du Zodiaque, la difficulté
disparaît. Cet
ordre est fondé sur deux branches, l'une marquée
par le
Lion, l'autre par le Cancer. Cette organisation répond au
principe de polarisation entre Ciel et Terre, actif et passif, masculin
et
féminin, yang et yin, essence et substance, etc. Voici son
diagramme général, obtenu en plaçant
les deux
signes principiels (Lion pour le masculin, Cancer pour le
féminin) en haut. Ces deux signes ouvrent chacun une branche
comprenant cinq signes placés sous leur juridiction
respective, comme autant d'attributs compris dans leur nature
(2)
:
Nous voyons ici
que la branche marquée par le Lion ouvre une
série voyant
se succéder Vierge, Balance, Scorpion; Sagittaire et
Capricorne et que la branche
marquée par le Cancer préside à la
succession des
Gémeaux, du Taureau, du Bélier, des Poissons et
du Verseau. Nous retrouvons
dans
ces deux ordres ceux figurant sur les petites colonnes du portail de la
Vierge,
à une exception près. En effet, sur le monument,
les
bas-reliefs du Lion et du Cancer sont inversés. Sous le Lion
se situent les signes des Gémeaux, du Taureau, du
Bélier,
des Poissons et du Verseau, appartenant à la branche Cancer.
Sous le Cancer prennent
place
les signes de la Vierge, de la Balance, du Scorpion, du Sagittaire et
du Capricorne, relevant tous de
la branche solaire. Il ne s'agit ici nullement d'une erreur, mais de ce
que René Guénon a appelé un
"échange
hiérogamique"
(3). Ce dernier consiste dans
l'échange entre les attributs masculins
(célestes) et les féminins (terrestres).
René
Guénon cite l'exemple, tiré de la Tradition
chinoise, de Fo Hi (figure céleste) et Niou Koua (figure
terrestre). Le premier donne à la seconde le compas (le
cercle étant une forme symbolisant le Ciel) et la seconde
donne au
premier l'équerre (le carré étant une
forme symbolisant la Terre)
(4).
L' "échange
hiérogamique" met en exergue la rencontre du Ciel et de la
Terre, engendrant la manifestation. Cet aspect ressort ainsi dans le
portail de Notre-Dame : le principe masculin (Lion) donne les signes
sous sa juridiction au principe féminin (Cancer) et
réciproquement.
Il paraît
intéressant de constater que
seuls les quatre premiers signes de chaque branche prennent place sur
les colonnes latérales. Les signes situés en
partie
basse de l'organisation intérieure du Zodiaque (Poissons et
Verseau,
d'une part, Sagittaire et Capricorne de l'autre) sont
disposés
sur le socle sur lequel reposent lesdites colonnes. Ce positionnement
symbolise une proximité de ces signes avec le principe
substantiel, passif
(la
Terre des extrêmes-orientaux). Il s'agit du
support servant à l'essence pour se manifester. La
composition
architecturale de la partie du
portail étudiée exprime ceci, via le Zodiaque.
Si nous schématisons cette disposition, nous retrouvons la
figure cosmologique primordiale, celle de l'axe vertical (symbolisant
l'activité non agissante du Ciel) rencontrant le plan
horizontal
(représentant le support passif de la Terre). Cette
rencontre
produit les êtres manifestés, composés
d'essence et
de substance :
Schématisation
de la disposition du Zodiaque de Notre-Dame de Paris
Relativement au Zodiaque, l'axe central
est ici simplement
suggéré, invisible, concevable seulement
à partir
des deux colonnes. Le monde manifesté est le domaine de la
dualité : ce qui est Un n'apparaît que sous la
forme
duelle. Nous retrouvons dans cette disposition l' "Arbre de la science
du bien et du mal", que l'on devrait davantage nommer "l'Arbre de la
science du lumineux et de l'obscur" (
yang et
yin)
pour éviter le piège du moralisme. Cet arbre se
situe au
centre du Jardin d'Eden, au même lieu que l' "Arbre de vie",
lequel est en rapport avec l'axe central reliant l'être
humain
à la divinité, à l'Unité,
au Principe. Le
premier arbre n'est ainsi que la polarisation du second
(5).
L'homme choit lorsqu'il perd de vue l'axe central et qu'il oscille
constamment entre les deux aspects du monde manifesté en
perdant
de vue le principe qui les unit, qui les synthétise dans sa
propre nature. A cet égard, il est intéressant de
constater que, dans le portail de la cathédrale, l'axe
central
est occupé par la figure de la Vierge elle-même,
tenant
l'Homme dans ses bras. Il serait trop long de développer ici
cette question du symbolisme marial et féminin.
Limitons-nous
ici à constater que, de chaque côté de
la Vierge,
entre elle et les colonnes du Zodiaque, se trouvent les deux
vantaux menant à l'intérieur de
l'édifice. Ceci symbolise le rôle de la tradition
chrétienne : entrer dans la tradition pour retrouver l'axe
central, correspondant à la
réalisation spirituelle de l'être.
Rappelons
que, dans une
société traditionnelle, tout se subordonne aux
principes. Toute chose manifestée ne constitue qu'un symbole
de réalités supérieures. Ainsi,
l'architecture
sacrée, art duquel relève la construction des
cathédrales, applique ce principe : un monument
sert à symboliser certaines
vérités. Nous trouvons dans le recours au
symbolisme
zodiacal au sein des édifices catholiques le rattachement de
l'astrologie occidentale à cette Tradition,
traduisant en ceci la parole biblique (Genèse) :
"1.14 Dieu dit: Qu'il y ait des luminaires dans l'étendue du
ciel, pour séparer le jour d'avec la nuit; que ce soient des
signes pour marquer les époques, les jours et les
années;
1.15 et qu'ils servent de luminaires dans l'étendue
du ciel, pour éclairer la terre. Et cela fut ainsi.
1.16 Dieu fit les deux grands luminaires, le plus grand
luminaire pour présider au jour, et le plus petit luminaire
pour présider à la nuit; il fit aussi les
étoiles.
1.17 Dieu les plaça dans l'étendue du
ciel, pour éclairer la terre,
1.18 pour présider au jour et à la nuit,
et pour séparer la lumière d'avec les
ténèbres."
Le Zodiaque lui-même, sa
figuration sur certains monuments religieux et ce texte sont autant
d'expressions différentes de la même
réalité, présentant des points de vue
différents sur ce même objet, se
complétant tous pour faire accéder à
une connaissance.
...................................................
(1) Pour ceux ne connaissant pas les
symboles astrologiques, indiquons
qu'ils se suivent dans cet ordre (identique à celui
désigné par la flèche entourant le
Zodiaque) :
Bélier, Taureau, Gémeaux, Cancer, Lion, Vierge,
Balance,
Scorpion, Sagittaire, Capricorne, Verseau, Poissons.
Retour
au texte.
(2) Pour plus de
développements, voir : G. Audebrand et I. Ravier,
Les deux branches du
Zodiaque (première partie) ; mêmes
auteurs,
Le Zodiaque de Vézelay ; mêmes auteurs,
Les âges
planétaires. Retour
au texte.
(3) Voir : René
Guénon,
La
Grande Triade, éditions Gallimard,
coll.NRF,
chapitres VIII et XV.
Retour au texte.
(4) Pour de plus amples
développements, voir : Ibid., chapitre XV.
Retour
au texte.
(5) Voir : René
Guénon,
Le
Symbolisme de la Croix, éditions Gallimard,
collection NRF, chapitre IX.
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texte.