Une figuration du Zodiaque sur la Cathédrale de Notre-Dame de Paris

(Première partie)

Lune

(G. Audebrand, I. Ravier)

(merci à M.-H. Bertocchio)

Soleil et Lune

    Sur le portail de la Vierge de la Cathédrale de Notre-Dame de Paris (façade ouest) se trouve représenté un Zodiaque pouvant paraître quelque peu étrange. Ci-dessous figure une photographie de celui-ci. Il s'agit d'une vue générale où l'on distingue les signes de part et d'autre des vantaux.

Vue générale du portail nord de Notre-Dame de Paris où figure un Zodiaque

VUE GENERALE DU PORTAIL NORD

    Voici à présent deux plans plus resserrés :

COTE GAUCHE

Signes zodiacaux sur le portail nord de Notre-Dame de Paris : le Lion
COTE DROIT

Signes zodiacaux sur le portail nord de Notre-Dame de Paris : le Cancer

    Sur le côté gauche, nous retrouvons dans un sens descendant les signes du Lion, des Gémeaux, du Taureau, du Bélier, des Poissons et du Verseau (ces deux derniers signes échappent au plan resserré présenté). Sur le côté droit se trouvent représentés, toujours dans un sens descendant, les signes du Cancer (anciennement nommé l'Ecrevisse, ce qui figure effectivement sur le monument), de la Vierge, de la Balance, du Scorpion, du Sagittaire et du Capricorne (ces deux derniers signes échappent au plan resserré présenté). Cet ordre de présentation peut paraître surprenant. Si nous nous reportons à la Roue zodiacale, l'ordre de succession des signes au cours de l'année (voir figure ci-dessous) ne fournit aucune explication sur la séquence proposée (1).


L'ordre de succession des signes du Zodiaque dans l'année : du Bélier aux Poissons

L'ORDRE DE SUCCESSION ANNUEL DES SIGNES DU ZODIAQUE
(DU BELIER AUX POISSONS)


    En revanche, si nous nous reportons à l'ordre intérieur du Zodiaque, la difficulté disparaît. Cet ordre est fondé sur deux branches, l'une marquée par le Lion, l'autre par le Cancer. Cette organisation répond au principe de polarisation entre Ciel et Terre, actif et passif, masculin et féminin, yang et yin, essence et substance, etc. Voici son diagramme général, obtenu en plaçant les deux signes principiels (Lion pour le masculin, Cancer pour le féminin) en haut. Ces deux signes ouvrent chacun une branche comprenant cinq signes placés sous leur juridiction respective, comme autant d'attributs compris dans leur nature (2) :

   
Les deux branches du Zodiaque 

    LES DEUX BRANCHES DU ZODIAQUE

ORDRE DE SUCCESSION DES SIGNES ZODIACAUX

    Nous voyons ici que la branche marquée par le Lion ouvre une série voyant se succéder Vierge, Balance, Scorpion; Sagittaire et Capricorne et que la branche marquée par le Cancer préside à la succession des Gémeaux, du Taureau, du Bélier, des Poissons et du Verseau. Nous retrouvons dans ces deux ordres ceux figurant sur les petites colonnes du portail de la Vierge, à une exception près. En effet, sur le monument, les bas-reliefs du Lion et du Cancer sont inversés. Sous le Lion se situent les signes des Gémeaux, du Taureau, du Bélier, des Poissons et du Verseau, appartenant à la branche Cancer. Sous le Cancer prennent place les signes de la Vierge, de la Balance, du Scorpion, du Sagittaire et du Capricorne, relevant tous de la branche solaire. Il ne s'agit ici nullement d'une erreur, mais de ce que René Guénon a appelé un "échange hiérogamique" (3). Ce dernier consiste dans l'échange entre les attributs masculins (célestes) et les féminins (terrestres). René Guénon cite l'exemple, tiré de la Tradition chinoise, de Fo Hi (figure céleste) et Niou Koua (figure terrestre). Le premier donne à la seconde le compas (le cercle étant une forme symbolisant le Ciel) et la seconde donne au premier l'équerre (le carré étant une forme symbolisant la Terre) (4). L' "échange hiérogamique" met en exergue la rencontre du Ciel et de la Terre, engendrant la manifestation. Cet aspect ressort ainsi dans le portail de Notre-Dame : le principe masculin (Lion) donne les signes sous sa juridiction au principe féminin (Cancer) et réciproquement.

    Il paraît intéressant de constater que seuls les quatre premiers signes de chaque branche prennent place sur les colonnes latérales. Les signes situés en partie basse de l'organisation intérieure du Zodiaque (Poissons et Verseau, d'une part, Sagittaire et Capricorne de l'autre) sont disposés sur le socle sur lequel reposent lesdites colonnes. Ce positionnement symbolise une proximité de ces signes avec le principe substantiel, passif (la Terre des extrêmes-orientaux). Il s'agit du support servant à l'essence pour se manifester. La composition architecturale de la partie du portail étudiée exprime ceci, via le Zodiaque. Si nous schématisons cette disposition, nous retrouvons la figure cosmologique primordiale, celle de l'axe vertical (symbolisant l'activité non agissante du Ciel) rencontrant le plan horizontal (représentant le support passif de la Terre). Cette rencontre produit les êtres manifestés, composés d'essence et de substance :

schématisation de la disposition du Zodiaque de Notre-Dame

Schématisation de la disposition du Zodiaque de Notre-Dame de Paris

    Relativement au Zodiaque, l'axe central est ici simplement suggéré, invisible, concevable seulement à partir des deux colonnes. Le monde manifesté est le domaine de la dualité : ce qui est Un n'apparaît que sous la forme duelle. Nous retrouvons dans cette disposition l' "Arbre de la science du bien et du mal", que l'on devrait davantage nommer "l'Arbre de la science du lumineux et de l'obscur" (yang et yin) pour éviter le piège du moralisme. Cet arbre se situe au centre du Jardin d'Eden, au même lieu que l' "Arbre de vie", lequel est en rapport avec l'axe central reliant l'être humain à la divinité, à l'Unité, au Principe. Le premier arbre n'est ainsi que la polarisation du second (5). L'homme choit lorsqu'il perd de vue l'axe central et qu'il oscille constamment entre les deux aspects du monde manifesté en perdant de vue le principe qui les unit, qui les synthétise dans sa propre nature. A cet égard, il est intéressant de constater que, dans le portail de la cathédrale, l'axe central est occupé par la figure de la Vierge elle-même, tenant l'Homme dans ses bras. Il serait trop long de développer ici cette question du symbolisme marial et féminin. Limitons-nous ici à constater que, de chaque côté de la Vierge, entre elle et les colonnes du Zodiaque, se trouvent les deux vantaux menant à l'intérieur de l'édifice. Ceci symbolise le rôle de la tradition chrétienne : entrer dans la tradition pour retrouver l'axe central, correspondant à la réalisation spirituelle de l'être.

    Rappelons que, dans une société traditionnelle, tout se subordonne aux principes. Toute chose manifestée ne constitue qu'un symbole de réalités supérieures. Ainsi, l'architecture sacrée, art duquel relève la construction des cathédrales, applique ce principe : un monument sert à symboliser certaines vérités. Nous trouvons dans le recours au symbolisme zodiacal au sein des édifices catholiques le rattachement de l'astrologie occidentale à cette Tradition, traduisant en ceci la parole biblique (Genèse) :

"1.14 Dieu dit: Qu'il y ait des luminaires dans l'étendue du ciel, pour séparer le jour d'avec la nuit; que ce soient des signes pour marquer les époques, les jours et les années;
1.15 et qu'ils servent de luminaires dans l'étendue du ciel, pour éclairer la terre. Et cela fut ainsi.
1.16 Dieu fit les deux grands luminaires, le plus grand luminaire pour présider au jour, et le plus petit luminaire pour présider à la nuit; il fit aussi les étoiles.
1.17 Dieu les plaça dans l'étendue du ciel, pour éclairer la terre,
1.18 pour présider au jour et à la nuit, et pour séparer la lumière d'avec les ténèbres."

    Le Zodiaque lui-même, sa figuration sur certains monuments religieux et ce texte sont autant d'expressions différentes de la même réalité, présentant des points de vue différents sur ce même objet, se complétant tous pour faire accéder à une connaissance.
 
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(1) Pour ceux ne connaissant pas les symboles astrologiques, indiquons qu'ils se suivent dans cet ordre (identique à celui désigné par la flèche entourant le Zodiaque) : Bélier, Taureau, Gémeaux, Cancer, Lion, Vierge, Balance, Scorpion, Sagittaire, Capricorne, Verseau, Poissons. Retour au texte.
(2) Pour plus de développements, voir : G. Audebrand et I. Ravier, Les deux branches du Zodiaque (première partie) ; mêmes auteurs, Le Zodiaque de Vézelay ; mêmes auteurs, Les âges planétaires. Retour au texte.
(3) Voir : René Guénon, La Grande Triade, éditions Gallimard, coll.NRF, chapitres VIII et XV. Retour au texte.
(4) Pour de plus amples développements, voir : Ibid., chapitre XV. Retour au texte.
(5) Voir : René Guénon, Le Symbolisme de la Croix, éditions Gallimard, collection NRF, chapitre IX. Retour au texte.